L'avenir du livre en millions de pixels
"Considéré pendant un moment comme une simple lubie technologique, le livre numérique refait sérieusement parler de lui à la faveur de la présentation faite par Sony de son e-book seconde génération à la fin de l'année 2007. Un nouveau prototype de livre électronique plus performant qui a très vite remporté un succès énorme outre-Atlantique et au Japon, et qui a eu le mérite de relancer le débat autour de l'édition et de l'avenir du livre." C'est en ces termes que commence l'article de Monia Zergane paru à la fin du mois de janvier sur le webzine Evene. Et j'ai voulu rebondir dessus!
Les éternelles questions comparatives entre le livre papier et le livre numérique refont surface: "Gutenberg risque-t-il de passer définitivement à la trappe ? L'ère du papier est-elle en train de connaître ses derniers moments de gloire ? Le tout-numérique est-il en passe de devenir une réalité tangible ?" Au delà de cette mélodie revolving, revenons sur les principaux arguments. Comme le souligne la journaliste, le livre numérique tenterait de faire à nouveau une percée sur le marché mondial en surfant sur le goût des consommateurs pour les nouvelles technologies dont l'accessibilité s'est considérablement démocratisée ces dernières années. Le livre numérique serait en passe de devenir un produit de masse, avec pour principal avantage sur sa version papier et que nous connaissons déjà: sa grande capacité de stockage, ce qui peut en faire un atout dans certains domaines de l'édition, comme les manuels scolaires. On ne serait pas contre de voir le dos de nos chers bambins allégé du poids inhumain dont ils sont le fardeau au quotidien (en moyenne 12 à 13 kg!), n'est-ce-pas?
Deuxième argument: l'accès au patrimoine universel que représentent les millions d'ouvrages papier actuellement conservés dans les plus grandes bibliothèques du monde. Le livre n'est pas amener à disparaître, mais perdrait sa matérialité au profit de sa numérisation, vue aujourd'hui comme "un rouleau compresseur" tant cette tendance en cours dans les grands établissements publiques est "frénétique". La journaliste nous rappelle ici le projet Gutenberg, mais aussi ceux plus récents de la Bibliothèque numérique européenne, de la Bibliothèque numérique mondiale lancé par l'Unesco ou encore celui déjà accessible de la Bnf, sous le nom de Gallica. À côté de ces initiatives humanistes, se profilent des projets beaucoup plus lucratifs: le kiosque numérique d'Amazon, Google Print ou Yahoo/British Library, sans compter sur les projets des mastodontes: Microsoft, Nokia ou Apple. Ces derniers inquiètent davantage les éditeurs qui craignent qu'elles ne concernent à moyen terme des oeuvres qui ne sont pas dans le domaine public. La numérisation systématique de toute nouvelle oeuvre acquise par une de ses bibliothèques mettrait ainsi en danger l'édition papier, dont le marché aux collectivités constitue pour certains secteurs une part vitale de leur chiffre d'affaires.
Plus que le livre numérique en lui-même, c'est le phénomène de numérisation permettant l"accès aux oeuvres sur Internet qui préoccupe la journaliste, qui souligne à ce titre une question non négligeable: "Il est à craindre que les projets de numérisation ne finissent par constituer une véritable menace pour les bibliothèques. Lieu de lecture et de documentation, elles sont aussi et surtout des lieux de “sociabilité” qui risquent de disparaître. Si une telle extrémité n’est pas encore d’actualité, cette nouvelle donne technologique pose à nouveau la question du “lien social” et donc de son impact humain." C'est assez ironique de se dire que, peut-être au bout de compte, les projets de numérisation des bibliothèques, loin de seulement les servir dans leur devoir de conservation, risque aussi de les désservir en ne permettant pas de "conserver" leur lectorat entre leurs murs!
Concernant plus particulièrement le livre numérique et ses effets sur la création littéraire, on peut en effet s'interroger sur les conséquences de ce nouveau média sur la conception du travail d'écriture à l'origine du livre: "Il reste à savoir si la dimension multimédia de l'e-book, par exemple, induira de nouveaux processus de création notamment par l'introduction du son et de la vidéo. Des passerelles nouvelles seront-elles possibles entre les différents modes d'expression ? La littérature bénéficiera-t-elle de nouveau matériaux ? Quelle littérature pour le XXIe siècle et quels nouveaux types de rapports induiront-ils dans la relation entre l'écrivain et le lecteur ?" Voilà des questions pertinentes qui posent en termes plus concrets l'avenir du livre. Qu'en pensez-vous? Cette réflexion est l'objet d'un nouveau débat, celui n°5 de L'Arbre à livres. Venez en discuter avec nous!
Pour en savoir plus sur l'historique du livre numérique, voir le dossier du NEF (Net des études françaises).
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