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"Considéré pendant un moment comme une simple lubie technologique, le livre numérique refait sérieusement parler de lui à la faveur de la présentation faite par Sony de son e-book seconde génération à la fin de l'année 2007. Un nouveau prototype de livre électronique plus performant qui a très vite remporté un succès énorme outre-Atlantique et au Japon, et qui a eu le mérite de relancer le débat autour de l'édition et de l'avenir du livre." C'est en ces termes que commence l'article de Monia Zergane paru à la fin du mois de janvier sur le webzine Evene. Et j'ai voulu rebondir dessus!
Les éternelles questions comparatives entre le livre papier et le livre numérique refont surface: "Gutenberg risque-t-il de passer définitivement à la trappe ? L'ère du papier est-elle en train de connaître ses derniers moments de gloire ? Le tout-numérique est-il en passe de devenir une réalité tangible ?" Au delà de cette mélodie revolving, revenons sur les principaux arguments. Comme le souligne la journaliste, le livre numérique tenterait de faire à nouveau une percée sur le marché mondial en surfant sur le goût des consommateurs pour les nouvelles technologies dont l'accessibilité s'est considérablement démocratisée ces dernières années. Le livre numérique serait en passe de devenir un produit de masse, avec pour principal avantage sur sa version papier et que nous connaissons déjà: sa grande capacité de stockage, ce qui peut en faire un atout dans certains domaines de l'édition, comme les manuels scolaires. On ne serait pas contre de voir le dos de nos chers bambins allégé du poids inhumain dont ils sont le fardeau au quotidien (en moyenne 12 à 13 kg!), n'est-ce-pas?
Deuxième argument: l'accès au patrimoine universel que représentent les millions d'ouvrages papier actuellement conservés dans les plus grandes bibliothèques du monde. Le livre n'est pas amener à disparaître, mais perdrait sa matérialité au profit de sa numérisation, vue aujourd'hui comme "un rouleau compresseur" tant cette tendance en cours dans les grands établissements publiques est "frénétique". La journaliste nous rappelle ici le projet Gutenberg, mais aussi ceux plus récents de la Bibliothèque numérique européenne, de la Bibliothèque numérique mondiale lancé par l'Unesco ou encore celui déjà accessible de la Bnf, sous le nom de Gallica. À côté de ces initiatives humanistes, se profilent des projets beaucoup plus lucratifs: le kiosque numérique d'Amazon, Google Print ou Yahoo/British Library, sans compter sur les projets des mastodontes: Microsoft, Nokia ou Apple. Ces derniers inquiètent davantage les éditeurs qui craignent qu'elles ne concernent à moyen terme des oeuvres qui ne sont pas dans le domaine public. La numérisation systématique de toute nouvelle oeuvre acquise par une de ses bibliothèques mettrait ainsi en danger l'édition papier, dont le marché aux collectivités constitue pour certains secteurs une part vitale de leur chiffre d'affaires.
Plus que le livre numérique en lui-même, c'est le phénomène de numérisation permettant l"accès aux oeuvres sur Internet qui préoccupe la journaliste, qui souligne à ce titre une question non négligeable: "Il est à craindre que les projets de numérisation ne finissent par constituer une véritable menace pour les bibliothèques. Lieu de lecture et de documentation, elles sont aussi et surtout des lieux de “sociabilité” qui risquent de disparaître. Si une telle extrémité n’est pas encore d’actualité, cette nouvelle donne technologique pose à nouveau la question du “lien social” et donc de son impact humain." C'est assez ironique de se dire que, peut-être au bout de compte, les projets de numérisation des bibliothèques, loin de seulement les servir dans leur devoir de conservation, risque aussi de les désservir en ne permettant pas de "conserver" leur lectorat entre leurs murs!
Concernant plus particulièrement le livre numérique et ses effets sur la création littéraire, on peut en effet s'interroger sur les conséquences de ce nouveau média sur la conception du travail d'écriture à l'origine du livre: "Il reste à savoir si la dimension multimédia de l'e-book, par exemple, induira de nouveaux processus de création notamment par l'introduction du son et de la vidéo. Des passerelles nouvelles seront-elles possibles entre les différents modes d'expression ? La littérature bénéficiera-t-elle de nouveau matériaux ? Quelle littérature pour le XXIe siècle et quels nouveaux types de rapports induiront-ils dans la relation entre l'écrivain et le lecteur ?" Voilà des questions pertinentes qui posent en termes plus concrets l'avenir du livre. Qu'en pensez-vous? Cette réflexion est l'objet d'un nouveau débat, celui n°5 de L'Arbre à livres. Venez en discuter avec nous!
Pour en savoir plus sur l'historique du livre numérique, voir le dossier du NEF (Net des études françaises).
C'est avec plaisir que je vous annonce que sort aujourd'hui L'Art de la joie de Giolarda Sapienza en poche!! Sorti le 9 septembre 2005 chez Viviane Hamy, ce gros pavé que l'auteure italienne a mis plus de dix ans à écrire, n'est donc traduit en français que près de 20 ans après sa publication originale. L'écrivain meurt même en 1996, sans voir son livre publié. Le livre connaît un trés beau succès en librairie et je me demandais quand est-ce qu'il allait sortir en poche. Même en bibliothèque, près d'un an après son acquisition, il est toujours emprunté. C'est donc une heureuse surprise de découvrir que ce chef-d'oeuvre de la littérature italienne sort en collection de poche...mais pas dans celle que j'attendais!
En effet, les éditions Viviane Hamy qui viennent d'atteindre leur majorité, se sont distinguées dans le paysage éditorial français en publiant des auteurs étrangers qui n'ont jamais été traduits auparavant, à l'exemple de Magda Szabó, qui obtient le Prix Fémina étranger en 2003, avec son roman La Porte, publié en Hongrie en 1987. Cette grande dame nous a quitté le 19 novembre dernier. La jeune éditrice a également touché les étoiles en publiant les polars de Fred Vargas, avec le succès que l'on sait, en témoigne les dernières adaptations cinématographique et télévisuelle.
Comme je le disais plus haut, j'ai été quelque peu surprise de voir que le livre de Giolarda Sapienza paraissait dans la collection de poche STOCK, qui n'ont pas grand chose à voir avec les éditions Viviane Hamy. Ces dernières avaient fait preuve d'audace en créant leur propre collection de poche, intitulée Bis en mars 2001 ("semi-poche" selon le site des éditions, mais je ne suis pas d'accord sur cette nomination, qui est sujette à un autre débat sur lequel je ne vais pas me lancer ici). C'est donc tout naturellement dans cette collection que je pensais voir paraître ENFIN le précieux livre, plus de deux ans après son exploitation en grand format. Coup de théâtre! Le livre paraît dans la collection de poche STOCK, qui fait partie du groupe ÉDITIS-INTERFORUM. À ne pas confondre avec les éditions STOCK, qui ont été rachetées par HACHETTE en 1961. Alors que les éditions Viviane Hamy sont, quant à elles, diffusées et distribuées par FLAMMARION-UNION DISTRIBUTION. Un véritable imbroglio donc! Reste à savoir désormais si l'édition en poche est de qualité...mais j'en doute. Reste un trés beau texte, dont voici un extrait:
Mais, attendez!, mon bonheur ne s'arrête pas là. Dans une semaine, le 15 février prochain, sort également une autobiographie de l'écrivain italien intitulé Le Fil d'une vie et composé de deux ouvrages: Lettre ouverte (Lettera aperta), paru en Italie en 1967, et Le Fil de midi (Il filo di mezzogiorno) en 1969. Et le même jour paraît également un autre livre dont j'attends la sortie avec impatience...mais ce sera l'objet d'une autre note.
p.s: pourquoi mon anniversaire ne tombe pas en février?!!!!!!
Je viens de lire une note de Petit Suisse intitulé L'eBook ou l'avenir du livre, accompagné de ce que notre cher confrère appelle une "vidéo-scénario", mais qui n'est rien d'autre que ce que dans le jargon du milieu publicitaire on intitule une publi-information, soit une publicité qui -sous le couvert d'une utilité pédagogique ou informative- vante les mérites d'un produit ou d'une marque. En l'occurence, il s'agit d'une production d'Editis, deuxième plus grand groupe français d'édition après Hachette. Ce film, lauréat d'un prix au Festival d'entreprise du Creusot, "propose de faire un bond en avant dans l'univers des nouvelles technologies, en nous plongeant dans la vie d'un jeune couple à l'heure du livre numérique". Je n'ai pu rester indifférente à ce court-métrage et un commentaire ne suffisant pas, je souhaitais ici faire quelques remarques sur ce sujet.
Dés les premières secondes, on ne peut qu'être médusés devant ce que les sociolgues appellent l'interactivité entre l'homme et ces "machines" du 3eme millénaire, avec quelle dextérité le couple manipule le texte du bout des doigts comme un virtuose sur son piano. Mais une fois cette première scène passée, je ne peux que rire...jaune devant le scène chez le libraire. Ce n'est pas sans une certaine surprise que je constate que le film se déroule dans une authentique librairie, Les Cahiers de Colette, trés célèbre librairie située dans le quartier des Halles. Si c'est cela l'avenir du livre, quelle tristesse! Un écrivain (qui d'autre pourrait représenter un lecteur potentiel dans la prochaine décennie?) parcoure trés succintement les rayons de la librairie, prend deux ou trois livres dans la paume de sa main et bipe la quatrième de couverture (où se trouve le code-barre), avant de passer en caisse pour payer son "panier de téléchargement". Quelle vilaine expression! Voilà donc le mot qui est sur la bouche de nos protagonistes: TELECHARGEMENT. Avez-vous remarqué que depuis quelques temps, dans les émissions de variétés, on ne parle guère plus de "tel CD qui sera bientôt dans les bacs" (ce n'était déjà pas bien beau comme expression), mais de "telle chanson en tête des téléchargements"...En arrivera-ton de même pour les livres? Il sera moins judicieux de parler de "tel livre dans les rayons des librairies" que de "tel titre de roman à télécharger". Le libraire sera réduit au stade de banque d'exemplaires de presse, où le potentiel lecteur viendra biper ces articles, avant de payer ses livres virtuels comme à la sortie du driving d'une chaîne de fast-food...
Quid du temps à passer dans les rayons de nos bonnes librairies, à flairer l'odeur du papier neuf et de l'encre fraîche, à passer des heures si on le souhaite dans un coin de la librairie avec un livre, quitte à le corner légèrement avant de le faire tout à fait sien au moment d'arriver en caisse, de soulever un exemplaire de Citadelle-Mazenod ou de rêver de possèder dans sa bibliothèque tous les titres d'une jolie collection? Je ne nie pas quels avantages pourrait représenter l'e-book dans une librairie, qui à l'échelle de tout le commerce, connaît un phénomène de superproduction grandissant. Finis les tonnes de stock de livres, qui encombrent les réserves et font le malheur des réceptionnaires et des gestionnaires! Finis les millions d'ouvrages destinés chaque année au pilon chez la plupart des éditeurs. Finis les cartons trop lourds à chaque déménagement et les moindres coins encombrés de vieux ouvrages parfois négligés!
Mais que serait la librairie à l'ère du e-book? On ne pourrait plus vraiment parler de l'âme d'une librairie, qui tient debout grâce à sa plus grande richesse, qui est aussi son talon d'Achille, à savoir son fonds. Cette partie de son stock construite avec risque et passion, et qui fait l'identité d'une librairie. Avec l'e-book, le libraire n'aurait plus besoin d'avoir de réserve et par conséquent pourrait proposer davantage d'ouvrages, mais cela ne veut pas dire qu'il aurait plus de fonds. Est-ce que cela ne permettrait pas surtout aux éditeurs de publier encore plus de livres, soulagés du risque d'un tirage trop important et de retours massifs? Le libraire trouve son identité dans la constitution de son stock, défendant certaines petites maisons d'édition. Mais peut-être faut-il voir dans l'e-book un moyen de les faire vivre, le phénomène des piles de livres n'étant plus de mise et tous les livres se trouvant sur le même piédestal, celui de l'unité. Il n'en reste pas moins le problème de la multiplication des titres, qui fait le malheur des libraires ayant de plus en plus de difficultés à défendre un nombre croissant de livres.
En soi, ce qui fait le charme de l'e-book pour le lecteur, c'est ce que l'on appelle communément (encore un terme de sociologue) sa convivialité et sa praticabilité. Léger, flexible, emmagazinant un grand nombre d'informations, il paraît être le compagon idéal de milliers de lectures (et de lecteurs). Je n'ai jamais nié qu'il pouvait avoir une utilité incontestable dans certains domaines comme dans le milieu universitaire ou, dans le cas de la scène suivante du film, dans le secteur touristique. Quoi de plus agaçant que d'avoir à racheter ses guides chaque année? L'idée en soi n'est pas bête. Voilà nos touristes soulagés d'un pavé dans leur sac à dos! Mais ils n'en seront pas plus sûrs d'être à l'abri d'un déchargement (qui dit technologie, dit "fée electricité") et rien ne pourra les assurer qu'avec ce nouveau mode de disposition, les réactualisations annuelles soient effectives (voir la polémique du Routard). Il ne faut pas croire que les guides touristiques ne puissent pas être des objets de culte pour les bibliophiles. Je me souviendrai toujours du retour de ma meilleure amie de Lisbonne. Elle était partie avec deux petits guides, trés pratiques et simples, et était revenue de la capitale portugaise avec ses deux livres griffonnés d'annotations écrites au cours de ses périgrinations, comme autant de petits points de croix sur le tissu de ses souvenirs. En aucun cas, elle n'aurait pu constituer ce petit trésor personnel avec un e-book.
Mais je crois que la partie du film d'Editis qui m'énerve le plus concerne la conception du groupe éditorial sur l'avenir du livre, à travers la scène du livre d'art. Tombée en adoration devant un livre de peinture de Bruges, la femme du couple caresse du bout de doigts le papier glacé...De retour en France, son compagnon lui fait la surprise de le lui offrir, après l'avoir commandé chez "son libraire". Voilà donc ce qui restera du monde du livre que nous connaissons aujourd'hui? Le discours du film serait: "Les livres papier ne disparaîtront jamais tout à fait, rien ne remplacera le beau livre que vous offrez à Noël et que votre libraire se fera un plaisir de commander pour vous." Pfff! Ne nous leurrons pas: certes les beaux-livres (dont le livre d'art fait partie) sont par définition des objets-livres et leurs particularités (beauté, chèreté, rareté) permettent d'espérer la pérennité d'une partie du commerce du papier livre, mais si ces livres représentent environ 10% de leur C.A annuel en moyenne, ils ne sauveront pas pour autant les librairies généralistes!!
La problématique véritable que soulève ce film n'est pas tant de savoir comment l'e-book définira l'avenir du livre, mais quels seront les lecteurs de demain. Qu'est-ce qui marche aujourd'hui? Quels sont les grands lecteurs actuellement? Car il faut quand même le dire: le couple parigo-intello, écrivain et lectrice, féru d'art mais ne négligeant pas les plaisirs populaires des congés payés ("sous les pavés, la plage") est sans doute le modèle de lecteurs du livre de demain que serait l'e-book, mais certainement pas représentatif de ce que sont les lecteurs de nos bons vieux livres. Car le livre-papier a ses défenseurs inconscients: les jeunes dévorant les mangas et le dernier Harry Potter, les trentenaires et les retraités grands lecteurs de polars et de romans à l'eau de rose, les ménagères de moins de cinquante ans faisant chaque mois leur sélection de livres de cuisine et autres livres pratiques, les célibataires endurcis liseurs de pschychologie et les éternelles jeunes filles liseuses de romans historiques ou régionaux...et j'en passe. Or je vois mal ces premiers se passer de leurs lectures féroces du dernier manga dans la FNAC la plus proche, les seconds lire le dernier Vargas ou Barbara Cartland sur un écran pixel sous le soleil éclatant d'une plage de la côte d'azur, les troisièmes toucher de leurs doigts plein de farine l'e-book ouvert à la page d'une recette ou ces dernières dépenser sans compter dans le téléchargement de livres qu'elles ne pourront plus ranger avec fierté et satisfaction dans leur bonne vieille bibliothèque!!
Il ne faut pas oublier que notre bon vieux livre est quand même diablement plus séduisant que l'e-book (tel qu'il est proposé dans le film). Ah biensûr, comme le dit Petit Suisse, c'est trés chic, trés tendance...Mais un livre, ce n'est pas seulement un support ou un texte, mais une invitation. A titre d'exemple: le récit de Hubert Nyssen, fondateur des éditions Actes Sud sur sa rencontre avec une lectrice et un des plus grands auteurs suédois Göran Tunström ou comment un éditeur à fait traduire toute l'oeuvre d'un auteur en découvrant le nom de ce dernier sur le dos d'un livre et sur la foi d'une suédoise qui lui a transmis son plaisir de lecture, un jour dans un avion à destination de Stockholm! Ce qui ne serait jamais arrivé si la femme en question avait tenu un e-book dans la main! Et qu'on ne me parle pas du charme du mystère!!! Et que dire du petit détail capital que constitue le choix du livre que l'on laisse sur le bord de sa serviette à la plage. Comme le suggère un journaliste de Lire (n°357, page 10 "L'Amour à la page"), c'est un véritable objet de séduction. Essayez de laisser votre e-book et allez vous baignez. A part vous le faire piquer, vous n'obtiendrez pas grand résultat! Enfin, je pourrais continuer à vous donner pas mal de contre-arguments sur ce nouveau gadget, mais je crois que vous avez compris où je voulais en venir!!
Ce n'est plus le dernier sujet d'actualité et pourtant c'est plus que brûlant! Je viens de relire unlong article d'Olivier Ertzscheid paru initialement dans Les cahiers de la librairie n° 5: Le livre à l'heure du numérique (SLF, novembre 2006) mais que j'ai trouvé dans Encres de Loire, revue du livre régional (janvier 2007, n° 39, p. 6-11). L'article s'intitule "D'un numérique l'autre: des moteurs, des libraires et des usages".
L'auteur reprend la chronique d'une numérisation annoncée: "Avec l'arrivée des moteurs de recherche (...), dans le domaine de la numérisation et de la marchandisation des biens culturels, c'est toute la chaîne de sélection, d'édition et de diffusion du livre qui doit faire face à un bouleversement inédit sur deux plans: la massification des accès et des usages d'une part, et l'élargissement du spectre des pratiques de consommation d'autre part." Voilà la grande problématique: la question de la culture de masse dans le domaine du livre et les évolutions récentes en matière de sociologie de la lecture. Internet est devenu un espace incontournable d'expression et de diffusion de la pensée (nos blogs en sont témoins), mais savons-nous réellement de ce qu'il en est de la partie économique du sytème? Comme le rappelle Olivier Ertzscheid au sujet des moteurs de recherche qui régissent en monopole notre activité cybernétique, leur intérêt se trouve dans "la monétisation publicitaire de l'ensemble du bouquet de services qu'ils offrent: de la découverte ou de la création du besoin jusqu'à sa transformation en acte d'achat, l'ensemble du circuit de consommation est ainsi réalisé en cercle fermé." Notre culture se voit donc marchandisé et les catalogues des bibliohtèques et des maisons d'édition, coffres de nos connaissances, sont ici au coeur de la polémique: "assez loin de la numérisation massive annoncée, c'est bien la constituion d'un catalogue universel pensé non plus comme un outil de repérage et de classement mais comme un palmarès consumériste (prime au plus accédé) qui est la partie immergé de l'iceberg de la numérisation."
Et la librairie dans tout ça? D'après Olivier Ertzscheid, "chacun de ces acteurs dipose d'un avantage sinon concurrentiel du moins substanciel sur les autres. Celui des moteurs concerne l'accès. (...) Celui des grossistes concerne l'effet dit de la longue traîne: étant les seuls à pouvoir disposer d'un tel fonds de catalogue exploitable; ils maîtrisent ainsi une certaine temporalité éditoriale. Et celui des libraires? Ils ont our eux l'avantage du terrain et de la connaissance du public." Maigre, me direz-vous. Mais comme le rappelle notre ami L'épicier, et l'exprime si bien notre auteur: C'est "la préhension de l'objet-livre contre l'appréhesion de l'achat impulsif électronique." C'est LE choix de lecture et le sentiment de POSSESSION de l'objet-livre qui doivent prédominer.
Contrairment à l'image du technophile lambda qui voit dans cette initiative, une démarche qui rend la culture plus accessible, car gratuite, notre chroniqueur rappelle que "dans une économie numérique au sein de laquelle le web s'affirme comme un média de masse, la monétisation de l'ensemble des services offerts est inéluctable." Mais gratuite ou pas, il est certain qu'il y a une véritable rupture au niveau des usages, à tous les niveaux de la chaîne du livre et chez les libraires y compris. Ces derniers se demandent déslors, à juste titre, "dans quelle mesure les outils de recherche, constitués comme en autant de bases de données ou d'entrepôts littéraires, peuvent prendre le relais, voir supplanter les acteurs actuellement dépositaires des seuls indicateurs reconnus pour le choix et la diffusion des textes?" Pour l'avenir de la librairie, toute la question est là? En quoi leur rôle de prescripteur est remis en cause? Peuvent-ils être remplacés? Les librairies indépendantes ne sont-elles pas d'autant plus indispensables qu'elles offrent une visibilité commerciale, une chance en faîte, à l'édition indépendante?
L'auteur rappelle sur ce point des initiatives de la part de l'édition indépendante (Lekti-lecture, les éditions Lulu.com) démontrent les moyens de lutter. Mais quelles possiblités pour les points de vente? "A ces expérimentations, à ces modèles alternatifs, s'ajoutent deux tendances (...) que les libraires se doivent d'intégrer à leur effort de prospective sur les usges à venir. La première est celle de la personnalisation et de la géolocalisation ("trouver les librairies près de chez vous"). (...) La seconde est celle de l'informatique nomade ou ambiante ('everyware') qui annonce l'explosion d''un Internet Mobile et de mode de consultation/consommation à l'avenant."
En fin de compte, pour Olivier Ertzscheid, le projet de Google Books relève d'un marché de dupe et il explique les
"raisons de colère". Pour lui, "les usagers de ces services sont pour l'instant aux prises avec un persistant mirage de service entretenant une totale illusion qualitiative." et il l'explique en cinq points:- Pas de gratuité: "A l'échelle des biens culturels, le modèle de la gratuité financée par la publicité n'a pas jusqu'à lors fait la preuve des vertus universalistes dont il se pare pourtant volontiers."
- Pas de facilité d'achat, puisque impossibilité de graver ou de télécharger les "produits": "Cet achat est donc dénué de toute appropriation. Il n'est qu'une location déguisée."
- Pas de rationnalisation: "Le catalogue peut certes s'accomoder de nombre de marchandisations, mais il ne saurait être entièrement dépourvu d'un accès pensé et raisonné. Ce qui est pourant le cas du service offert par Google, où le seul critère de hiérarchisation est celui du nombre de clics (...) Soit une logique marketé de tête de gondole (...) où plus de 8 usagers sur 10 ne vont jamais au-delà de la première page de résultats du moteur, ce qui revient à reléguer en un nouvel enfer l'immense majorité des ouvrages proposés."
- Pas de professionnalisme: "La numérisation en elle-même (certes rapide) est souvent bien loin de toute charte professionnelle (...). La consultation est chaotique et clairement de moindre qualité que l'ensemble des autres projets de bibliothèque numérique." (Exemples: Gallica et Bibliothèque électronique de Lisieux)
- Pas d'autorité car pas de crédibilité: "Le débat au coeur de la numérisation des livres est celui de nos autorités. Libraires et éditeurs sont les garants d'une économie des autorités en face d'une avalanche de services ayant pour seule ambition et pour seule modèle économique celui de la notoriété."
Pour approfondir: La feuille, Nouvolivractu et Affordance.
Voilà un petit moment que je refoule ma colère quand je vois comment le livre est perçu dans notre société consumériste! Mais là, c'est trop! Il y a d'abord cette annonce de la Fnac qui nous informait que, désormais, ses magazins cesseraient d'appliquer la remise automatique de 5% sur les livres (réservée aux seuls détenteurs de la carte de fidélité et des acheteurs en ligne). C'était presque systématique lorsque l'on demandait aux badauds où ils achetaient leurs livres ("nos quoi?"): ils répondaient "La Fnac, biensûr; c'est moins cher."
On avait beau essayer de leur faire comprendre que le prix du livre neuf est le même partout, les idées préconçues persistent. La seule différence résidait dans le fait que les libraires ne pratiquaient pas la remise automatiquement mais au bout d'un certain nombre d'achats comptabilisés sur une carte de fidélité. Comme le dit si bien notre ami L'épicier : "Il faut fidéliser la clientèle pour survivre!" La Fnac, sous couvert de sa carte de fidélité, n'a pas cessé de faire la même chose, jusqu'à ce que récemment une décision du tribunal juge que l'accumulation de points fidélité (donnant droit au bout d'un certain quota à un chèque de réduction) contrevenait à la Loi Lang sur le prix unique du livre. La "première librairie de France" s'était donc vu contrainte d'indiquer à ces adhérents que dorénavant l'achat de livres ne leur apporterait plus de valeur ajoutée si ce n'est pour leurs cellules grises. Et les voilà maintenant entrain de replier leur banderole du moins-cher-qu'ailleurs, au profit d'une pratique de fidélisation depuis longtemps expérimentée par les librairies indépendantes. Mais n'y voyons pas là seulement un sursaut de prise de conscience économique. Le but ultime semble être de renforcer leur image de "librairie en ligne" au détriment d'un espace convivial pour le livre dans leurs magazins. En gros: moins de place pour le livre et plus de place pour...pour quoi en faîte, à l'heure de la "crise de l'industrie du disque", du Dvix et des magazins spécialisés dans les jeux et l'électronique? Je ne suis pas entrain de remettre en cause la belle institution qu'est la FNAC, sésame de la culture, mais de de son rôle dans la défense de la librairie.Dans cette affaire, le groupe des espaces culturels Leclerc n'a pas manqué d'en faire ces choux gras. Avec une publicité qui m'avait fait sauté de mon fauteuil; celui-ci précisait que désormais tous les grands groupes culturels ne pratiquaient plus la remise automatique de 5% sur les livres, contrairement à lui, véritable librairie par définition. Désolée Monsieur Leclerc, encore une fois, votre "grande largesse" n'est pas votre exclusivité et vous ne pouvez prétendre à vous seul représenter une alternative à la FNAC. Toutes la librairie indépendante est dérrière et relève la tête!!
Mais je vous ai épargné le comble en matière livresque...Il y a quelques mois, alors que je travaillais comme réceptionnaire dans une librairie sur le Boulevard Saint-Germain, j'étais consternée de voir que dans le domaine pratique, le best-seller du moment s'intitulait Les 1001 lieux qu'il faut avoir vus dans sa vie avant de mourir.
Charmant diktat que celui de répertorier de façon forcément arbitraire et subjective les endroits que l'on doit visiter durant notre courte vie sous peine de passer pour un pauvre naze qui n'a pas formé sa jeunesse et son sens critique et ignore la capitale du Burundi. Néanmoins, je me rassurais devant une telle stupidité éditoriale en imaginant que pour la littérature, de tels projets anthologiques avaient déjà vus le jour mais s'étaient plus ou moins cassé la binette (pour rester poli) et que seule la presse écrite pouvait encore se gargariser de telles entreprises. Mais la culture Best of n'a pas de limites et quitte à nous dire combien de fruits et légumes on doit bouffer par jour, quelles positions prendre avec notre partenaire pour se passer d'anti-rides et à nous ressasser de vieux déchets cathodiques via les archives de l'INA, avant de - toute façon - passer l'arme à gauche, une main devant une main derrière, pourquoi ne pas nous dire quoi lire, à nous pauvres bêtes entourés de puces électroniques? C'est désormais chose faîte avec chez le même éditeur (à savoir Flammarion) un gros pavé de moins de 30 euros (on a bien tout Mozart pour 100 euros!) intitulé avec beaucoup d'originalité: Les 1001 livres qu'il faut avoir lus dans sa vie. Ils nous ont épargné l'échéance fatidique: avant de mourir. Trop sympa! Les moins incultes pourront rétorquer que le choix du nombre pourrait faire référence aux Mille et une nuits et aux histoires correspondantes narrées par Shéhérazade, consciente de la mort plus que quiconque, dés que le jour se lève...Mais ne surrestimons pas la culture de l'éditeur en question. Nous ne pourrions que nous incliner devant l'ampleur de la tâche encore une fois arbitraire et irrémédiablement (!) imparfaite relevée par Jean d'Ormesson.
Pour ma part, j'ai décidé de ne pas m'incliner, mais - quitte à faire de l'anthologie à tout va - autant proposer quelque chose de plus original et de trés trés subjectif. Que pensez-vous des Mille et un lieux où il faut avoir lus (avant de mourir en paix)? Je vois déjà quelques contrées et topiques se profiler dans ma tête: le bord d'une rivère, dans un avion, sous un arbre (à l'ombre des jeunes filles en fleur), dans les toilettes, sur le coin de table d'un café, sur la plage, dans notre lit bien au chaud, dans un palais oriental à l'heure bleue où la lune se pare d'or et dans les effluves du narguilé et le parfum de fruits trop mûrs...
Vos idées sur ce projet sont les bienvenus.
Salam 'alaikoum...
Encore une fois, le Net fait trembler le monde de l'édition! Après
l'affaire Google, Amazon se lance dans une nouvelle initiative, mettant
à mal les librairies. La première librairie en ligne de France vient en
effet de lancer un programme intitulé "Chercher au coeur", système
permettant aux clients potentiels de consulter gratuitement des
extraits d'un livre avant de l'acheter. On pourrait se dire: voilà qui
n'a rien d'inégal, on en fait tout autant dans les librairies! Oui,
mais justement voilà bien le problème. Les librairies indépendantes ont
jusque-là supporter l'arrivée de sites de vente en ligne de livres,
protégés qu'ils sont depuis une génération par la loi du prix unique et
renforcés dans leur rôle de préscripteurs. Avec cette nouvelle donne,
peut-on craindre légitimement que les Français qui désormais ne bougent
plus guère leurs fesses pour s'acheter des fringues en soldes ou
choisir leur destination pour les vacances d'été, se passeront de la
petite cloche qui annonce leur entrée dans la librairie, du toucher des
couvertures glacées des dernières parutions, de de la lecture
silencieuse de quelques pages dont le parfum de papier et d'encre vient
vous titiller les narines?
Oui, l'heure est moins que jamais à la
poésie et le SLF lance déjà sa controffensive avec le création d'un
site Internet collectif de librairies, sur le modèle des groupes
existants déjà en Grande-Bretagne, en Allemagne ou aux États-Unis.
(Télérama du 13 au 17 janvier)
Ce portail, qui devrait normalement être disponible en septembre,
fera-t-il le poids face à Amazon? Estimée comme l'une des plus grandes
médiathèques privées et commerciales de France (avec une surface de 20
000 m carrés), elle détient une grosse part du gâteau dans le vente des
livres de fonds, créneau jusque-là protégé de la concurrence pour les
libraires. Certes, la part de la librairie en ligne sur le CA de
l'édition reste encore modeste avec 4,5% en 2006, mais croit d'année en
année, d'autant plus que les internautes, les jeunes auteurs et les
petits éditeurs y ont trouvé un nouveau moyen d'expression, suppléant à
la moindre qualité de service critiquée jusqu'alors par les libraires
traditionnels (Le Monde des Livres, 19 janvier). Le combat de joute
continue...
Pour plus d'infos, voir le site du SLF
Photo: Bas-relief du Musée Historique d'Abomey au Gabon voir le site
Mauvais Temps sur l'édition
Dans un article du Monde des Livres
daté du 12 janvier intitulé "Les nouveaux précaires de l'édition
française", on a le regret de trouver, comme la mort d'un vieux
camarade découverte dans la rubrique nécrologique, un gros nuage chez
Le Temps qu'il fait, petite maison d'édition située à Cognac et
reconnue pour la qualité de ses impressions et de son catalogue,
notamment en matière de littérature et de photographie.
Son directeur de toujours, Georges Monti (voir photo ci-contre, à
droite) a en effet décidé de fermer son imprimerie, si chère à
Baptiste-Marrey (1), pour se consacrer uniquement à l'édition — ce
qu'il fait déjà depuis 25 ans. Le temps d'une génération passée, le
plus vieux maillon de la chaîne du livre périclite, pour la survie d'un
des derniers bastions de l'édition française "à l'ancienne", celle des
amoureux de l'objet-livre. Mais l'éditeur-photographe aura sans doute
fort à faire avec les difficultés inhérentes à la diffusion, qui coûte
plus chère que l'impression classique. L'impression numérique est en
marche depuis longtemps et comme l'affirme Georges Monti, cest le
"retour à un artisanat plus strict." Un peu ambivalent comme réponse;
mais le pire est que, dans ce nouveau contexte, il "n'exclut pas pour
le livre de fonds, un format bloqué en PDF, équivalent de l'iPod pour
la musique." Les libraires en seraient donc réduits à faire l'actualité
éditoriale par la seule sortie des nouveautés, et non plus à pérenniser
une production croissante en s'éfforçant de mettre en avant des livres
de qualité. Si le livre de fonds se résume à une donnée informatique,
quid de la conservation du patrimoine? Je vois mal les libraires
répondre à un client qui leur demanderait "Cent ans de solitude" (et là
encore il s'agit d'un classique contemporain): "Oh là, mais il n'existe
qu'en PDF, celui-là." Déjà, on voit avec quel mal les bibliothèques
parviennent à conserver matériellement toute une oeuvre d'un auteur.
Elles ont encore la chance de pouvoir le commander à leur libraire, qui
croisera les doigts pour que l'éditeur l'ait encore en stock. On ne
peut oser imaginer le stock de fonds d'un éditeur...Il y a tant de
livres qui sont "épuisés". Je doute que le formatage PDF des livres
dits de fonds touchent ces oeuvres-là, sortis de l'hsitoire et pourtant
indispensables...
Il était une fois l'Amérique...
En pourfendeur des nuages, André Schiffrin s'insurge dans "L'argent, l'éditeur et les bigs books" (Le Monde des Livres du 19 janvier) sur le rôle croissant des agents littéraires en France. Dans la droite ligne des conglomérats de plus en plus en vigueur dans l'édition française, l'une des conséquences de la présence de ces nouveaux acteurs dans la chaîne du livre serait de voir les droits d'auteur mis aux enchères, avec pour conséquence une débauchage des auteurs chez les petits éditeurs envers lesquels ils s'étaient montrés jusque-là fidèles. De telles relations auraient des répercussions à tous les niveaux: accroissement de l'écart entre les best-sellers et les autres titres, dépendance économique des éditeurs sur quelques titres, modification de l'offre ne librairie, exigence des éditeurs face au aux auteurs sur le plan économique et non plus qualitatif, focalisation des agents sur ce qu'on appelle aux États-Unis les "big books". En faite, ce que l'auteur de "L'Édition sans éditeurs" reproche aux agents littéraires, en citant notamment le travail de l'Américain Andrew Wyllie, c'est de ne plus découvrir de nouveaux talents. (2)
On peut disserter sur le bien-fondé du rôle des agents littéraires,
acteurs depuis longtemps légitimés dans le paysage éditorial américain
et sur les influences plutôt regrettables du marketing
outre-atlantique. En tout cas, il est un point dans la cadre des
relations franco-américaines qui pose encore question: le marché des
droits étrangers. Cette problématique est abordée dans Le Magazine
littéraire du mois de février sous le titre "Le rêve américain", par
Melissa Chemam. Si la littérature française est toujours aussi
florissante en France, les éditeurs buttent par contre sur
l'exploitation de leurs titres dans les pays anglophones —
principalement en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Dans les années
60, la littérature, mais aussi les sciences humaines (philosophie,
sociologie, critiques) était admirée par les Anglo-saxons. Mais le
Nouveau roman et l'intellectualisation de la fiction ont refroidi les
lecteurs anglais et américains et il semble aujourd'hui que ce désamour
persiste chez les éditeurs. Il n'en reste pas moins que, même si le
marché est microscopique, les livres français représentent la première
littérature traduite aux USA et en Grande-Bretagne. Mais quels livres?
On constate deux phénomènes: une diversification des genres lus et un
intérêt pour les écrivains issus de DOM-TOM ou plus largement
francophones et installés soit en France, soit à l'étranger. Il faut
reconnaître que la fiction française est souvent critiquée pour son
nombrilisme. Si la première littérature étrangère traduite en France
est anglo-saxonne, c'est pour une raison simple: l'IMAGINAIRE. "Pour
être traduit dans le monde anglophone, il faut aujourd'hui trois
choses: une histoire, une histoire et une histoire." affirme l'écrivain
Jean-Noël Pancrazi (3). Tout est une question de mentalité des deux
côtés de l'Atlantique. On peut reprocher aux éditeurs américains des
traductions limitées aux classiques et, depuis toujours, une vision
intellectualiste de l'écrivain.
Le véritable problème vient du lectorat américain manquant de
curiosité, à l'inverse des Français, les plus grands lecteurs de
littérature étrangère et les plus grands traducteurs, selon Anne
Solange Noble du BIEF (4). Les Anglo-saxons eux-même reconnaissent leur
"chauvinisme culturel", alors que les Français devraient plutôt
regarder leur succès dans toute l'Europe. En tout cas, les Frenchies
n'ont pas dit leur dernier mot aux Yankees, comme en témoigne
l'initiative de la Villa Gillet, qui a fait paraître un magazine d'une
trentaine de pages intitulé To my American Readers (5), dirigé par
Salman Rushdie, proposant de nombreux extraits d'oeuvres françaises
traduites afin d'allécher le lectorat américain.
(1)
Baptiste-Marrey a travaillé pour le Ministère de la Culture pendant
plusieurs années et a notamment écrit Esquisses d'un discours pour le
livre (1986) et Éloge de la librairie avant qu'elle ne meure (1988).
(2) Droit de réponse d'Andrew Wyllie dans Le Monde des Livres du 26 janvier: "Les auteurs avant tout".
(3) Jean-Noël Pancrazi est aussi collaborateur au Monde des Livres et membre du jury du Prix Renaudot depuis 1999.
(4) Bureau international de l'édition française (BIEF)
(5)
La Villa Gillet installée à Lyon est pleine de ressources! Allez jeter
un coup d'oeil sur son site: www.villagillet.net. Vous pouvez télécharger l'intégralité du magasine To my american readers.