17 posts tagged “bibliothèque”
Dans la continuité de ma dernière note sur l'incarcération de Julien Coupat et de l'audition d'Éric Hazan, la Maison des écrivains et de la littérature a écrit une pétition pour la défense de la liberté de lire, d'écrire et d'éditer. Je vous invite à faire un petit tour sur ce site. Vous trouverez ci-après le texte de défense et un lien vers la pétition.
"Nos bibliothèques sont toutes pleines à craquer de livres
subversifs. De ceux là, nous vient l’inspiration. De ceux-là, nous
apprenons à penser. De ceux-là, nous apprenons à douter. Mais aussi à
croire. De ceux-là, nous apprenons à lire le monde, à le délier aussi.
A ceux-là, nous tenons, tant ils nous tiennent en vie. Ces livres que
nous lisons, que nous aimons sont tous, par essence, dans le fond comme
dans la forme – par le rapport qu’ils entretiennent à la langue,
enracinée dans le vivant –, subversifs."
Ainsi, pour dénoncer le délit de lecture dont est accusé Julien Coupat, nous entendons ouvertement déballer nos bibliothèques, à l’instar de Walter Benjamin. La pétition est accessible ici.
Dimanche, j’ai vu par hasard un magnifique documentaire sur les papyrus d’Herculanum sur la chaîne ARTE. Je vous conseille très vivement d’aller la visionner : c’est une petite heure de pur délice. Vous pouvez la regarder en cliquant sur le lien suivant : Herculanum, une bibliothèque en cendres, par Julie Walker (2003).
Qui ignore la terrible tragédie de Pompéi qui a péri sous les cendres du Vésuve en Italie en 79 après Jésus-Christ ? Mais qui connaît l’histoire d’Herculanum, ville résidentielle, bijou de la côté napolitaine ? Elle aussi, tout comme la célèbre ville marchande, a été touchée par le volcan, et la plus grande découverte archéologique qui en a été faite au milieu du XVIIIe siècle, pourrait faire de l’ombre aux manuscrits de Qumrân. On a effet découvert en 1752, dans le plus beau palais de la Cité, résidence secondaire de Lucius Calpurnius Piso Caesoninus, beau-père de Jules César, les vestiges d’une bibliothèque. En raison de cette découverte, cette splendide demeure a été rebaptisée la Villa des Papyrus (Villa dei Papyri). À l'occasion du 300e anniversaire de la découverte du site, une importante exposition s'est tenue au musée archéologique de Naples d’octobre 2008 à avril 2009, qui a fait sortir des réserves de magnifiques statues trouvées dans cette villa.
Mais pour en revenir aux papyrus qui ont été extirpés de la gangue volcanique, on a du mal à imaginer comment de semblants vulgaires morceaux de charbon pouvaient contenir le plus ancien témoignage du savoir antique écrit. À l’époque de leur découverte, sur les quelques 1800 papyrus récupérés, une partie a subi les outrages de l’ignorance. Le plus gros problème en effet, assez paradoxal, a été de trouver un moyen de les dérouler sans les réduire en miettes, après avoir survécu pendant des siècles aux périls de la nature et du temps. Je vous laisse le soin de découvrir les moyens qui ont été pensés au cours de deux derniers siècles : des plus barbares aux plus révolutionnaires.
La conclusion du documentaire laisse songeur et donne à réfléchir : de tels témoignages du passé ont réussi à survivre durant toutes ces années ; une fois découvertes, il faut encore un temps extrêmement long pour pouvoir accéder aux trésors de savoir qu’ils renferment ; et finalement, ces papyrus ont traversé l'Histoire sans dommage, alors que pour un seul homme passionné, sa seule vie ne suffira pas à laisser une empreinte sur leur parcours…Une chose est sûre: comme vous pourrez en juger, Herculanum est loin d'avoir dévoilé tous ses secrets...
Dimanche dernier, je suis allée à la Bibliothèque Municipale à vocation régionale (BMVR) de Marseille, dite L'Alcazar qui fêtait ce jour-là les cinq ans de son inauguration. Il ne faisait pas très beau temps, mais il y avait tout de même pas mal de monde à l'intérieur. Je suis arrivée pile pour une séance de conte. Certes, mon fils était le plus jeune auditeur, mais c'était un moment agréable que nous avons passé au sein de la bibliothèque. Si c'était la première fois que je l'emmenais là-bas, j'ai eu l'occasion d'y venir trois ou quatre fois (eh oui, c'est tout: en gros, une fois par an).
Après l'effervescence des premiers mois d'ouverture et les moyens collossaux alloués à la BMVR, l'établissement a connu jusqu'à il y a peu une sale période: desaffection du public, perte du budget d'acquisition, obsolence ou manque de moyens de certaines structures...
Et puis, il y a un an environ, un nouveau directeur est arrivé. Je le connais bien puisqu'il s'agit de l'ancien directeur de la Méjanes (la bibliothèque municipale d'Aix-en-Provence), qui donnait des cours comme intervenant à l'IUT métiers du livre où j'étais étudiante. Je pense qu'avec un tel homme à la tête de cette bibliothèque, les choses devraint pouvoir s'arranger. En tout cas, si l'architecture extérieur et l'ensemble intérieur sont toujours aussi impressionnants, je n'aime pas du tout l'espace jeunesse, trop sombre, trop impersonnel. Un lieu qui n'a pas encore tout à fait retrouvé son âme.
Pour en savoir plus sur l'histoire de L'Alcazar, célèbre scène de music-hall transformée aujourd'hui en bibliothèque, sur l'architecture et sur les différents espaces, cliquez ici.
Enfin, si vous voulez en savoir sur les BMVR, voir l'article du Centre national du Livre.
Jeudi 27 mars dernier, j'ai passé le concours de Magasinier principal des bibliothèques à Gardanne, à quelques kilomètres d'Aix-en-Provence. Il faisait beau, mais il y avait un vent glacial. C'est une amie marocaine qui m'y a emmenée. Je suis arrivée en avance et j'ai donc eu tout le temps d'observer l'amphithéâtre où se passait l'examen, au sein d'un Lycée agricole. Nous étions une quarantaine, autant de garçons que de filles, plus âgés que moi pour la plupart. Il faut savoir que c'est l'une des rares fonctions de la filière bibliothèque où le nombre d'hommes est plus élevé que celui des femmes, qui sont majoritaires en bibliothèque. Il y avait notamment un homme d'une trentaine d'années qui n'arrêtait pas de tourner dans l'amphi, en regardant les étiquettes qui délimitent les places. Cela me fit dire, à ma voisine: "S'il a autant de mal à trouver sa place qu'à chercher un livre dans une bibliothèque, cela promet!" En même temps, je riais presque jaune intérieurement car c'était sans doute un interne (une personne qui travaille déjà dans une bibliothèque et qui passe le concours en interne), visiblement plus à l'aise dans ses connaissances bibliothèconomiques que logistiques.
En fait, il y avait eux épreuves: une le matin de deux heures, appelée "cas pratique" et une autre l'après-midi d'une heure, intitulée "questionnaire". J'étais un peu préparée aux épreuves grâce aux publications de préparation au concours assez bien fait. (Avant de lire celui-ci, j'avais lu en intégralité celui qui prépare au Concours de Bibliothécaire adjoint spécialisé, dont j'aurais l'occasion de vous reparler dans une prochaine note.) Mais le cas pratique de l'année 2009 a mis à rude épreuve mon sens de la logique et je suis persuadée aujourd'hui d'avoir été complètement à côté de la plaque...Je suis allée à la bibliothèque le lendemain pour faire une petite recherche sur le sujet.
Il s'agissait d'une bibliothèque, qui en tant que pôle de conservation, a décidé de relier ses revues scientifiques. le piège se situait dans le calcul de la prestation au vue des informations transmises par la société de rénovation Renov'livres. C'est après une petite recherche sur un certain terme technique (dans l'attente de tous les autres) que j'ai réalisé mon inculture en matière de reliure et mon erreur de calcul!!
Savez-vous en effet ce qu'est une pièce de titre? Eh bien, je peux vous assurer que si j'avais su plus tôt ce que c'était, je ne m'en serais pas mordu les doigts aujourd'hui. Il s'agit de l'étiquette collée ou imprimée (le plus souvent pour les reliures anciennes, d'un morceau de cuir) sur le dos du livre et sur lequel est inscrit le titre de l'ouvrage et, le plus souvent son auteur. Et vous ne saurez imaginé l'étendu du vocabulaire du relieur. C'est un véritable travail d'orfèvre, avec son propre jargon et ses initiés. Pour en savoir plus, rendez-vous sur ces deux sites, devenus fatalement favoris dans mon marque-pages:
Le Moulin du Verger, la reliure, le vocabulaire du relieur
Le Livre dans la peu, la reliure, les termes techniques (cliquer sur le mot "spécifiques" en rouge)
Et pour les inconditionnels de l'apprentissage par les livres, au sens noble du terme, je vous conseille la lecture des livres suivants: La reliure: bases et bons gestes (Massin) et L'art de la reliure (Eyrolles)
L'après-midi, j'ai beaucoup moins souffert car le questionnaire est tout de même beaucoup facile. On sait ou on ne sait pas. En dehors d'une question ou deux qui demandent un développement (limité en nombre de lignes), les réponses sont claires et nettes. Le seul truc sur lequel j'ai séché concerne les conseils de l'université...Un peu embêtant quand on sait que les lauréats sont destinés pour une majorité écrasante à travailler en bibliothèque universitaire...où je postule actuellement!! Enfin, bref, ce qui a porté un coup de grâce à mon moral, concerne le nombre de postes à pourvoir: 15! National? Interne et externe inclus? J'en ai bien peur...c'est peu et ce n'est pas prêt de s'arranger. Je vous reparlerai en effet de la situation des bibliothèques en France très prochainement, et vous comprendrez aisément dans quel état je suis!!!!
Comme je me prépare (pour l'instant de manière autodidacte) aux concours des bibliothèques (alors même que, à priori, il n'y en pas pour les trois prochaines années dans ma catégorie, mais bon...), je lis et relis, et lis encore beaucoup de livres. Outre les passionnants livres de préparation aux concours chez Vuibert, j'ai découvert quelques petites pépites.
Le livre lui est sorti en avril 2008 et est un vrai petit bijou. J'adore notamment ce qui concerne la science des couleurs et leur application architecturale, notamment le dossier sur les harmonies de couleurs ou comment en quatre doubles pages faire le tour de la question sur lees architectures de couleurs, en images. Suit ensuite la présentation des plus grands architectes contemporains utilisant la couleur. Magistrale!
La couleur dans la ville, Larissa Noury, Éditions Le Moniteur, 2008.
Baptiste-Marrey, dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler pour la librairie, avait écrit un livre en 2000, intitulé Éloge des bibliothèques qui reprend un certain nombre d'articles sur l'évolution de la chaîne du livre. Ce petit livre, à la langue bien pendue, reflète les préoccupations de l'époque, obnubilée par la future loi sur le droit de prêt en bibliothèque.
Éloge des bibliothèques, Baptiste-Marrey, co-édition CFD/Hélikon, 2000.
Enfin, je suis entrain de lire un livre sur le réseau des bibliothèques et archives du département des Bouches-du-Rhône (où j'habite). Architectures, mémoires et savoirs. Archives et Bibliothèques dans les Bouches-du-Rhône est un livre publié par le Conseil général. Précieux outil pour moi à vocation historique autant que professionnelle.
La Bibliothèque nationale de Chine est devenue le troisième plus grand établissement au monde. La bibliothèque nationale de Chine, située à Pékin, vient d’ouvrir au public un nouveau bâtiment de 80 000 m2. La surface totale de la bibliothèque atteint désormais 250 000 m2, derrière la Bibliothèque nationale de France (Paris) et la bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis (Washington). La construction du nouveau bâtiment a débuté fin 2004 et a coûté 1,22 milliard de yuans (126 millions d’euros) au gouvernement chinois. Il abrite des salles de lecture, de stockage et une zone d’exposition de livres anciens. Il possède 2 900 places assises, 600 000 livres et des ressources numériques de 200 téraoctets, et peut accueillir 8 000 lecteurs chaque jour. La bibliothèque est maintenant suffisamment grande pour satisfaire aux besoins de stockage des livres pendant les trois prochaines décennies, selon son directeur Zhan Furui. Seulement?...
Pour les amateurs de bibliothèques du monde, et notamment de l'Asie du Sud-Est, je vous conseille d'aller sur le blog d'un conservateur, qui est parti à la découverte des libraries du monde extrême-oriental. Il consacre trois articles à la BNC, dont est issue la photo ci-dessus. Pour accéder au blog, cliquer ici ou dans mes liens ci-contre. Pou les articles sur cette bibliothèque unique, cliquer dans le blog sur la catégorie "bibliothèques de Chine".
Avez-vous le journal du 2 novembre dernier qui montrait les habitants de Rive-de-Gier sous les eaux, et jetant des milliers d'ouvrages issus de la Médiathèque Louis Aragon, qui ont été anéantis par l'eau et la boue? Biensûr, pour ces gens, la pire perte est celle qu'aurait représentée la disparition d'un proche (jusque là rien n'a déploré) et celles de leurs affaires personnelles. Mais la vision de cet immense tas, mélange de papier et de boue, qui a représenté la fierté des habitants, m'a désolée. La nature est la seule maîtresse de nos destins et de notre savoir.
Censure à la sauce américaine. Dans un article de 20 minutes paru le 2 octobre dernier, intitulé "Les Livres interdits sortent du placard", on fait référence aux livres censurés dans le pays qui aime s'appeler "la plus grande démocratie du monde". Savez-vous que depuis 27 ans, chaque dernière semaine de septembre, les Américains (cultivés) fêtent les livres censurés. Organisée par l'Association des bibliothèques américaines (ALA), cette semaine se veut une célébration de la liberté d'expression et notamment celle de lire. L'an dernier, pas moins de 420 plaintes ont été déposées dans des bibliothèques ou des écoles publiques. Le plus surprenant est que la majorité des plaignants concernent des associations de parents d'élèves, choqués que certaines vertus ou faits de société soient évoqués à travers la lecture de livres pour enfants.La coalition nationale contre la censure aux Etats-Unis a créé un site web pour les enseignants confrontées à des plaintes. On y trouve, par exemple, des lettres types pour répondre aux demandes de censure.
Campagne électorale oblige, vous avez certainement entendu parler de cette histoire selon laquelle Sarah Palin, la colistière du candidat républicain John Mc Cain, aurait essayé de faire retirer une liste de livres de la bibliothèque de Wassila en Alaska. L'affaire est née après deux articles parus dans le New York Times et le Time Magazine.
Je ne sais pas vous, mais moi, j'aimerai bien savoir quels sont les livres de chevet d'hommes tels que Georges W.Bush, John Mc Cain ou Barack Obama...J'ai trouvé cette photo du New York Times du photographe Doug Mills, montrant Barack Obama tenant à la main un exemplaire du dernier livre de Fareed Zakaria, The Post-American World.
Lecteurs chauvins? Dans un article du Monde des Livres du 10 octobre, est évoqué le fait peu surprenant mais bien chagrin selon lequel "Les Etats-Unis traduisent encore trop peu de livres". Vous vous souvenez des propos prononcés par Horace Engdahl, secrétaire perpétuel de l'Académie Nobel, avant la nomination de J.M.G Le Clézio, dont nous avons déjà évoqués le problème. La réplique ne s'est pas fait attendre de la part d'Harold Augenbraum, directeur du National Book Award, l'un des deux prix littéraires les plus prestigieux aux Etats-Unis avec l'American Book Award. Mais au-delà de cette querelle de ronds-de-cuir, qu'en est-il vraiment de l'ouverture culturelle des Etats-Unis? La situation de la traduction des livres étrangers dans ce pays pourrait être un bon moyen de prendre la température. Or, sur ce point, le critique littéraire du Washington Post, Michael Dirda, admet que les Américains ne lisent pratiquement pas de littérature étrangère. Le pourcentage perpétuellement cité d'oeuvres traduites par rapport à l'ensemble de la production littéraire américaine est de 3%.
Chad Post, directeur associé du Dalkey Archive, a reconduit cette année l'étude du National Endowment of Arts (NEA) sur le nombre de traductions littéraires sur la production totale, et en six mois, n'a réussi à répertorier que 150 traductions dites littéraires pour une production de plus de 100 000 livres (pour près de 300 il y a dix ans). Et encore, doit-on souligner que nombre de celles-ci ne sont que de nouvelles traductions d'oeuvres classiques!
Esther Allen, traductrice et directrice du PEN Translation Found, à New-York, dénonce "ce terrible mythe selon lequel le lecteur américain n'est pas intéressé par la littérature étrangère, alors qu'en fait c'est un problème structurel au sein de l'industrie du livre." Quels sont ses arguments? Les oeuvres traduites sont très mal rémunérées et n'incitent donc pas à investir pour leur promotion commerciale. De plus, la plupart des éditeurs américains sont monolingues et sont peu enclins au risque. L'ironie du sort serait bien sûr qu'Hachette et Bertelsmann, groupes français et allemand, possédent l'industrie du livre américain, mais que cela ne rien change en rien à la proportion des traductions dans la production éditoriale américaine. Ne faudrait-il pas sans réjouir au contraire, de cette semblante indépendance des différentes maisons d'édition au sein d'un si grand groupe ou ne faut-il y voir encore que la primauté de l'argent sur tout autre moteur?
La directrice du PENTF enfonce le clou en se disant persuadée que 90% des lecteurs américains ne se soucient nullement de savoir si un livre est traduit ou non. Pour elle, "il faut donc tenter de séduire, au premier chef, les lecteurs. Les éditeurs suivront." Il est certain que ce sont les quelques bonnes surprises dans les meilleures ventes de livre qui font encore et toujours la donne et à l'origine de tout succès, il y a des initiatives dans la capitale culturelle de l'Amérique, comme le festival PEN World Voices, le numéro de littérature étrangère du New Yorker ou les maisons spécialisées telles qu'Archipelago Books ou Open Letter Books. Quelques gouttes dans un océan...
Oui, le marchand de sel a pris de "longues vacances" ou pour être plus précise, a vaqué à ses occupations. Entre deux feux (de casserole), la petite liseuse a pris de bons livres pour oublier ses soucis et juste avant la rentrée littéraire, officiellement demain, elle a décidé de vous faire faire un petit tour d'horizon de ses lectures, avant de s'attaquer aux nouveautés de l'automne.
En arrivant à Paris, j'ai sauté sur le premier livre que j'ai eu entre les mains et c'était Geisha d'Arthur Golden. J'avais vu le film à sa sortie avec ma meilleure amie, qui avait trouvé le bouquin bien meilleur que son adaptation. Ce qui est souvent l'avis de ceux qui lisent le livre avant de voir le film! J'avoue que je n'ai pas trouvé ce roman inoubliable, mais j'ai été tout de même bluffée de voir comment un éthnologue américain arrive avec tant de perfection à se mettre dans la peau d'une japonaise du milieu du siècle dernier. Le film avait sucité une polémique à l'époque, car les geisha étaient jouées par des actrices chinoises parlant anglais. Mais moi biensûr, fleur bleue que j'étais encore alors, je n'avais d'yeux que pour Ken Watanabe, excellent acteur que j'ai pu voir dans Batman begins, Le dernier Samouraï ou encore La mémoire de nos pères. Eh oui, qu'est-ce-que vous croyez? Le marchand de sel est aussi une cinéphile aguerrie...Mais pour en revenir au livre, je trouve que l'on apprend beaucoup de choses sur le Japon et les traditions de cet époque. Et les passages où la narratrice évoque son enfance sont pleins de poésie et de charme.
Fondée en 1835 (encore un coup des Français!), elle a connu de nombreux sites dont la Casbah entre 1863 et 1958 (!). Les collections sont alors situées dans l'ancien palais du Dey d'Algérie Mustapha Pacha. Mais cette résidence, l'un des plus beaux fleurons de l'architecture du 18ème siècle ne répondant pas aux exigences d'une bibliothèque moderne, la décision fur prise de construire un nouveau site adapté (ce palais est en cours de rénovation, et donc ne peut être visité pour le moment, contrairement à d'autres palais de la Casbah).
L'établissement actuel de la BNA, situé à Belcourt, dans le centre d'Alger, a été inauguré le 16 avril 1998, il y a tout juste dix ans. Jouxtant le célèbre (mais inaccessible) jardin d'essai, ce nouveau siège est plutôt une belle construction moderne, entre pierre et verre. S'étendant sur une superficie de 67 000 mètres carré, la bibliothèque est constitué de 13 niveaux (mais où les mettent-ils?) dont 6 sont réservés au stockage de plus de 10 millions de volumes sur 170 kilomètres de rayonnage. Les activités bibliothéconomiques occupent deux niveaux, l'administration un. Les quatre autres sont destinés aux différents types de publics.
Le fait est que nous ayons visité la bibliothèque un jeudi (l'équivalent du samedi ici chez nous), de nombreux services étaient fermés, comme celui des manuscrits par exemple, qui m'aurait particulièrement intéressé. Par ailleurs, ne possédant pas la nationalité algérienne et par conséquent de carte d'adhérent à la bibliothèque, je n'ai pu entrer dans certains services. Ma perception de la BNA est donc plus que partielle et cela doit être prise en compte dans mon jugement.
J'ai pu avoir accès à la partie de l'établissement qui concerne la lecture publique. On ne peut qu'être impressionné par l'esprit de grandiosité perceptible dans l'architecture de ce type de construction étatique.
Au niveau de l'organisation spatiale, on peut dire que les usagers (chercheurs ou simples lecteurs) ne manquent ni d'espace, ni de calme pour travailler. Néanmoins, j'ai vraiment eu l'impression, pour ce qui concerne la partie que j'étais en droit de visiter, d'une grande coquille vide, aussi belle soit-elle. Au premier abord, on se dit qu'avec des telles surfaces, chaque élément est exploité et entretenu. Mais en y regardant de plus près, on a plutôt l'impression que tout reste encore à faire et que, après les dépenses certainement gargantuesques pour assurer la construction et l'aménagement d'un tel édifice, il faudra une réelle volonté de la part de l'État pour en assurer à l'avenir l'aménagement, l'entretien et les modernisations nécessaires.
Malgré ce manque de dynamisme, les Algériens peuvent être fiers de cet établissement qui, comme toute administration, cache plus qu'elle ne montre. Un simple visiteur comme moi ne peut que flâner le long de ces grandes salles couvertes de marbre et de céramique typique, se prêtant à rêver d'une mise en valeur prochaine d'un patrimoine digne des plus grandes libraries mondiales. Un exemple tout simple: alors que nous parcourions le 3éme étage de la partie publique, nous nous sommes arrêtés interloqués devant une pancarte située juste au-dessus des toilettes publiques.
Celle-ci indiquait, comme vous pouvez le lire ci-contre: "Fonds maghrébin". Mauvaise blague, me direz-vous? Non, tout simplement le symbole d'un certain laxisme, d'un manque de rigueur et d'application de la part de l'administration de la bibliothèque. À quelques mètres de là, le fonds maghrébin, accessible qu'à certains privilégiés, recèle le riche patrimoine de l'Histoire du Maghreb en général et de l'Algérie en particulier. Fort de près de 44 000 ouvrages, ce fonds possède des livres plus ou moins anciens, dont le plus précieux écrit en langue française par un certain Emanuel d'Aranda, ancien esclave à Alger, date de 1662. On aurait pu espérer d'une bibliothèque nationale, qui se revendique une vocation "universelle" (sic), un plus grand soin apporté à la signalisation, en particulier ce qui concerne les fonds qui font sa renommée.
Reste une bien belle ballade, jusqu'à la cafètaria de la bibliothèque, donnant sur le jardin d'essai...J'imagine revenir un jour prochain avec un laisser-passer, grâce à mon statut d'écrivain féru de livres sur l'Algérie, prenant le thé avec l'actuel directeur de l'établissement, Amine Zaoui, écrivain que j'affectionne particulièrement.