5 posts tagged “littérature italienne”
Bon,ben, ça y est l'automne est là. J'ai essayé de faire durer l'été en mettant du soleil dans mes livrre et en gardant le coton sur mes épaules, mais ç'est bien fini cette fois. La pluie est tombée sur la cité phocéenne et les pulls sont de rigueur. Ma rentrée livresque s'est aussi faîte. Mais avant de passer aux devoirs, revoyons mes dernières lectures de vacances...
Comme je vous l'ai annoncé lors d'une de mes précédentes notes, j'ai eu entre les mains la nouvelle de Curzio Malparte, un de mes auteurs favoris, intitulé Un compagnon de voyage, paru dans la très belle édition du Quai Voltaire. J'ai été très surprise par leur format (il s'agit d'un tout petit livre), par le style (on n'est loin des longues phrases empreintes de poésie de Kaputt ou La Peau), qui se veut sobre et efficace. On y retrouve néanmoins les thèmes préférés de l'auteur germano-italien: la guerre, le patriotisme, l'amitié, la bassesse humaine. Un petit plaisir.
Je me suis ensuite plongée dans un bon gros pavé, tout ce qu'il y avait de plus attirant: près de 1150 pages, un titre mystique (Jonathan Strange et Mr Norell), de la magie, une trame historique. Ce premier roman gargantuesque de l'écrivain britannique Susanna Clarke, restera comme une lecture à-part. On y découvre un style comme on en voit plus, hérité des grands auteurs anglais du XIXe siècle, tout un monde et un paratexte (des notes incroyables, dont la plus grande d'entre elles fait 5 pages!) lié au monde et à l'histoire de la magie anglaise créés de la seule imagination de l'auteur et une histoire cinématographique en diable, avec des personnages aux caractères savoureux. J'ai été bluffée par ce véritable défi que cette quinquagénaire s'est lancée il y a plus de dix ans pour écrire cette oeuvre intemporelle, et pourtant marquée par l'Histoire, féérique et réaliste, magique et tellement humaine à la fois. On pourrait presque parler de trois livres en un, ma partie préférée correspondant au début de la troisième; lorsque l'action se déplace dans une Venise plongée dans les ténèbres, digne d'un film tout droit sorti des studios de la Hammer. Je vous conseille d'aller sur l'excellent site Le Cafard cosmique qui a écrit une longue note sur l'histoire de ce livre: Coup de Génie ou coup Marketing? et pour ceux qui n'ont pas peur des critiques assassines, la critique du webzine.
Dans un ton beaucoup plus léger, j'ai fini le mois de juillet, avant ces deux lectures plus savantes, par un premier roman, Le Diable s'habille en Prada dans le monde de l'édition: Cherche auteur desespérément de Debra Ginsberg, qui a tout à fait la tête de l'emploi. Oh, c'est sûr que ce n'est pas du grand style et on est très loin de Fictions de Borges ou même de Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino, mais bon c'est une lecture d'été assez sympa qui a eu un beau succès outre-atlantique.
Par nostalgie sans doute, avec la rentrée scolaire, je suis allé sur le site de mon ancien QG (IUT d'Aix-en-Provence) pour trouver quelques idées de lectures. Je n'ai en effet jamais été déçue par les conseils de mon ancien professeur de narratologie. C'est quand même lui qui m'a fait découvrir la littérature sud-américaine: Borges, Garcia Marquez, Cortazar...D'ailleurs, à propos de littérature hispanophone et de réalisme magique, je suis entrain de lire un petit bijou, mais chut! Je vous en dirai plus quand je l'aurai fini dans quelques jours...
Sinon, j'ai achevé hier la lecture de mon premier roman de John Fante. J'avais entendu parler de cet auteur, mais je ne savais pas qu'il avait eu une vie si romanesque: une adolecence dans les années d'après-guerre, une période faste d'écriture dans les années 30, plusieurs décennies en tant que scénariste pour Hollywood et plusieurs adaptations de ces romans au cinéma (avec plus ou moins de succès), une seconde période d'écriture dans les années 50, et une fin de vie digne de Borges (encore), dictant aveugle à sa femme, son dernier roman. Mais ce qui est le plus troublant, c'est qu'il n'a vraiment connu de succès qu'à sa mort, et plus en Europe qu'aux Etats-Unis! C'est même en France qu'il connait la plus grande notoriété et que se trouve le berceau de sa notoriété posthume. Grâce à un article paru dans les années 80 dans Libération signé Philippe Granier, Christina Bourgois se lance dans l'édition française des oeuvres de Fante:
"Nous avons commencé à travailler ensemble, informellement, à la fin de l'été 1984. J'avais publié un article dans Libération sur John Fante, signalant la réédition de ses livres oubliés chez Black Sparrow. Sur la foi de ce papier, Bourgois m'annonçait qu'il en avait acheté quatre ! Et désirais-je en traduire un, ou plusieurs ? Demande à la poussière me suffirait, merci. Ce coup-ci fut le bon, il n'y en eut jamais de meilleur, mais j'étais aussi interloqué qu'inquiet. A tort : trois ans plus tard, il y avait des piles de Fante dans les kiosques d'aéroports."
(Extrait de l'article Bourgois et son poisson pilote, de Philippe Garnier, Libération, 27 décembre 2007)
J'ai lu Demande à la poussière et j'ai vraiment adoré le style. Il a fallu que je vérifie de mes propres yeux, sur la page du colophon que ce livre avait bien été édité en 1939: le style est tellement percutant, fluide (comme le dit si bien Bukowski dans la préface qu'il écrivit de ce roman, en 1979) et moderne! Le personnage d'Arturo Bandini, alter-ego de l'auteur, est savoureux, à l'aube de sa carrière d'écrivain. Cela m'a donné envie de lire les autres livres de cet auteur majeur de la littérature américaine du XXe siècle, et plus spécialement le cycle d'Arturo Bandini (La route de Los Angeles, Bandini, et Les Rêves de Bunker Hill), mais pas encore...je me laisse ennivrer par le souvenir d'une délicieuse lecture...
Avez-vous aimé ma première sélection printanière? l'avez-vous trouvé trop studieuse? En voici une nouvelle qui pourrait vous combler. Bonne lecture à tous, passants et fidèles lecteurs!
Mon mari et moi nous sommes rencontrés dans une Cité universitaire dans le Sud de la France par une froide nuit du mois d'octobre. Et la personne qui a été un peu à l'origine de cette rencontre, qui a un peu forcé notre destin, s'appelle Yacoub Traoré. C'est un grand homme, filiforme avec une voix pleine de chaleur. Le genre d'homme que l'on n'oublie pas. Aussi n'étais-je qu'à moitié surprise d'apprendre il y a quelques semaines que notre ange gardien avait écrit un livre sous le pseudonyme TYN. Il ne s'agit pas d'un petit livre obscur écrit sur un de ses sujets d'étude ou d'une nouvelle écrite sur le coin d'un banc de fac...mais d'un bon gros pavé, de ceux que l'on dévore à pleines dents l'été, au bord de la piscine ou dans son lit bien au frais sous la lune. Si vous avez aimé Tolkien, si vous êtes féru des grandes sagas épiques, alors allez découvrir le premier tome des Aventures du Schountari, La Chute du Dagantar, publié aux éditions Publibook (vous pourrez y lire le synopsis, une critique et les premières pages du livre). Si vous souhaitez en savoir plus sur cet auteur, ingénieur au Gabon à la ville, je vous invite à lire l'entretien qu'il a réalisé sur le site Afrikibouge.
Vous connaissez mon intérêt pour les livres qui parlent de livres, de romanciers plein d'états d'âme, de lectrices ou lecteurs passionnés, de libraires obscures, alors vous ne serez pas étonnés d'apprendre que je suis tombée amoureuse d'un livre (sans l'avoir encore lu...c'est comme pour la première fois en amour, on voudrait déguster). L'objet de mon désir s'appelle L'Amour est à la la lettre A de Paola Calvetti, publié aux Éditions de la Cité. Je crois que j'ai toujours été très attirée par la littérature italienne, voire même plus largement par l'aspect profondément romanesque et romantique de l'Italie. Ce livre ne fera pas exception. Le sujet est simple:
Milanaise romantique, Emma décide de changer radicalement de vie en ouvrant une librairie de quartier baptisée Rêves & Sortilèges...
Le charme et l'originalité de sa boutique résident dans sa spécialité : les livres consacrés à l'amour. Emma, qui semble s'être résignée au célibat depuis son divorce, n'a pas son pareil pour dénicher l'ouvrage qui aidera un client perdu sur la carte du Tendre. C'est évidemment par l'intermédiaire d'un livre qu'Emma retrouvera Federico, son grand amour de jeunesse. Alors qu'ils ne se sont pas vus depuis trente ans, tout se passe comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Si ce n'est que Federico vit à présent à New York, où il est architecte, marié et père d'une adolescente. Malgré tout, Federico et Emma entament une relation épistolaire, après avoir ouvert chacun une boîte postale dont ils sont les seuls à connaître l'existence... Dans ce roman hors normes, Paola Calvetti rend un vibrant hommage au pouvoir des mots et de la littérature. A lire pour rêver, les yeux ouverts, à toutes les possibilités de l'amour.
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En me rendant à la librairie Goulard, sur le Cours Mirabeau, j'ai trouvé deux livres particulièrement alléchants. Le premier s'intitule Le Faussaire et son double. Écrit par Lucien d'Azay, il s'agit d'une biographie du poète maudit Thomas Chatterton.
Premier poète romantique, aussi talentueux que précoce, mais pauvre et orphelin, voué enfin à l'échec, à la folie et à l'autodestruction, Thomas Chatterton incarne tous les fantasmes dont s'est enivré le romantisme. Il est aussi l'un des plus grands faussaires de la littérature occidentale. En effet, Chatterton laisse une œuvre complexe et singulière, écrite moitié en anglais moderne et moitié dans un pseudo-anglais médiéval qu'il attribue à un moine imaginaire, Thomas Rowley, contemporain de Villon. De peur qu'on n'apprécie pas ses vers à cause de son âge, il fabrique de faux manuscrits médiévaux, qui trompent les notables de Bristol, sa ville natale, et même Horace Walpole, alors au sommet du monde littéraire britannique (à qui on doit le concept subtilement british de serendipity) La supercherie se révèle si efficace que Chatterton ne parvient plus à se défaire de son masque. Le 24 août 1770, à Londres, après avoir en vain essayé de vivre de sa plume, il s'empoisonne dans une mansarde de Brooke Street. Il a dix-sept ans et neuf mois. Une vraie vie romanesque dont plusieurs auteurs ont été inspirés: Alfred de Vigny et Keats, par exemple. Un régal de lecture donc paru aux éditions Belles Lettres.
Toujours dans la veine anglaise (ne dit-on pas que le printemps est la plus belle des saisons en Angleterre?), je suis tombée amoureuse d'une très belle édition, celle de L'Anneau et le livre de Robert Browning. Paru chez le jeune éditeur Le Bruit du temps, qui fêtera sa première année d'existence le 4 juin prochain, ce livre est une réédition sublime du texte paru en français il y a 50 ans aux éditions Gallimard. Publiée cette fois en édition bilingue, cette oeuvre a été traduite par Georges Connes. Le péritexte est tout bonnement superbe (avec une préface de Marc Porée, spécialiste de la poésie anglaise). L'impression est aussi de haut vol: papier, typographie, mise en pages, reliure, du grand art! Et somme toute pour un prix raisonnable (39€).
Tout a commencé lorsque l'auteur a découvert un "vieux livre jaune" chez un bouquiniste, qui présente le procès de Guido Franceschini tenu à Rome en 1698. Même si Robert Browning a écrit son oeuvre fleuve en vers, la traduction prosaïque en français ne retire en rien à la force du livre, qui se dévore comme une intrigue policière, tout en appréciant la dimension poétique. La structure a été exploitée par la suite par des romanciers (Faulkner, Christa Wolf) et des cinéastes (Kurosawa). C'est par ce biais que l'auteur devient tardivement célèbre. Henry James consacrera lui-même plusieurs écrits sur cet artiste hors-pair, également publiés chez Le Bruit du temps, rassemblés dans un essai intitulé Sur Robert Browning.
Parfois, certains livres mettent plusieurs années à nous parvenir, celui de Sam Savage en fait en quelque sorte partie. Il fait partie aussi de ceux qu'on aurait écrire, qui nous touchent et que l'on n'oublie jamais. Rien que le titre évoque déjà tant de choses pour les bookworms que nous sommes: Firmin. Autobiographie d'un grignoteur de livres (Actes Sud), ou l'histoire d'un rat de bibliothèque (mais qui crèche dans une librairie d'occasion) rêve sa vie à travers les livres, avant de croire pouvoir affronter la vraie vie parmi les hommes. Le nom du "héros", moins agaçant que Stuart Little ou cette satanée star de Mickey Mouse, n'est pas sans évoqué le célèbre imprimeur Firmin Didot, issu de la grande dynastie des Didot. Pas étonnant que celui qui a inventé le point typographique et une des plus célèbres polices de caractères, ait pu inspirer notre ratatouille des lettres. Le livre, dont je vous invite à lire le premier chapitre (téléchargeable en format PDF ou en version HTML sur les moteurs de recherche), est un petit bijou.
Enfin, ce n'est pas sans une certaine once de fierté que j'ai découvert le dernier numéro de Lire, consacré à la littérature italienne. En couverture, la toujours splendide villa de "mon cher" Curzio Malaparte à Capri (où fut tourné le film Le Mépris de Godard), et pour ma plus grande joie, la nouvelle de la parution d'un inédit de l'auteur d'origine allemande, intitulé Le Compagnon de voyage, aux éditions du Quai Voltaire, sur la Libération de la Sicile. Plutôt d'actualité non? Et pour ceux qui voudraient prolonger la plaisir, la réimpression du livre de Raymond Guérin, Du côté de chez Malaparte (éd. Finitude).
C'est avec plaisir que je vous annonce que sort aujourd'hui L'Art de la joie de Giolarda Sapienza en poche!! Sorti le 9 septembre 2005 chez Viviane Hamy, ce gros pavé que l'auteure italienne a mis plus de dix ans à écrire, n'est donc traduit en français que près de 20 ans après sa publication originale. L'écrivain meurt même en 1996, sans voir son livre publié. Le livre connaît un trés beau succès en librairie et je me demandais quand est-ce qu'il allait sortir en poche. Même en bibliothèque, près d'un an après son acquisition, il est toujours emprunté. C'est donc une heureuse surprise de découvrir que ce chef-d'oeuvre de la littérature italienne sort en collection de poche...mais pas dans celle que j'attendais!
En effet, les éditions Viviane Hamy qui viennent d'atteindre leur majorité, se sont distinguées dans le paysage éditorial français en publiant des auteurs étrangers qui n'ont jamais été traduits auparavant, à l'exemple de Magda Szabó, qui obtient le Prix Fémina étranger en 2003, avec son roman La Porte, publié en Hongrie en 1987. Cette grande dame nous a quitté le 19 novembre dernier. La jeune éditrice a également touché les étoiles en publiant les polars de Fred Vargas, avec le succès que l'on sait, en témoigne les dernières adaptations cinématographique et télévisuelle.
Comme je le disais plus haut, j'ai été quelque peu surprise de voir que le livre de Giolarda Sapienza paraissait dans la collection de poche STOCK, qui n'ont pas grand chose à voir avec les éditions Viviane Hamy. Ces dernières avaient fait preuve d'audace en créant leur propre collection de poche, intitulée Bis en mars 2001 ("semi-poche" selon le site des éditions, mais je ne suis pas d'accord sur cette nomination, qui est sujette à un autre débat sur lequel je ne vais pas me lancer ici). C'est donc tout naturellement dans cette collection que je pensais voir paraître ENFIN le précieux livre, plus de deux ans après son exploitation en grand format. Coup de théâtre! Le livre paraît dans la collection de poche STOCK, qui fait partie du groupe ÉDITIS-INTERFORUM. À ne pas confondre avec les éditions STOCK, qui ont été rachetées par HACHETTE en 1961. Alors que les éditions Viviane Hamy sont, quant à elles, diffusées et distribuées par FLAMMARION-UNION DISTRIBUTION. Un véritable imbroglio donc! Reste à savoir désormais si l'édition en poche est de qualité...mais j'en doute. Reste un trés beau texte, dont voici un extrait:
Mais, attendez!, mon bonheur ne s'arrête pas là. Dans une semaine, le 15 février prochain, sort également une autobiographie de l'écrivain italien intitulé Le Fil d'une vie et composé de deux ouvrages: Lettre ouverte (Lettera aperta), paru en Italie en 1967, et Le Fil de midi (Il filo di mezzogiorno) en 1969. Et le même jour paraît également un autre livre dont j'attends la sortie avec impatience...mais ce sera l'objet d'une autre note.
p.s: pourquoi mon anniversaire ne tombe pas en février?!!!!!!
Le roman avait connu un très grand succès en librairie, mais son adaptation au cinéma par un très grand maître du 7e art le fit accéder au rang de chef d'oeuvre international. Le film de Luchino Visconti sort en 1963, avec un casting prestigieux et une Palme d'Or à la clé.
Pour l'occasion, l'éditeur français du Guépard, à savoir les éditions du Seuil, publient une nouvelle traduction établie par Jean-Paul Manganaro. Le traducteur a travaillé sur le texte établi en 1969 par Carlo Muscetta, considéré comme le plus fidèle au projet de Lampedusa. Pour le plaisir, en voici un extrait:
Pour plus de critiques sur la nouvelle traduction, voir les trés bons blogs suivants: La république des livres et la muselivre.
*On peut aussi lire deux essais sur Byron et Shakespeare (éditions Allia), un récit autobiographique intitulé Voyage en Europe et un ensemble de textes rassemnlés sous le titre Le Professeur et la Sirène (éditions du Seuil)