52 posts tagged “livre”
Eh oui, l'été approche et la plus belle saison arrive à sa fin. Déjà les chaudes journées pointent le bout de leur nez, les gens font des rêves de plage et d'aventures, et les marchands de sel (ou de rêves, c'est kif-kif) se plongent dans de délicieuses lectures...à partager. Quels livres à lire?
Géraldine Brooks est le genre de femmes que l'on ne peut que trouver sympathique. Son visage donne confiance et sa vie est vraiment une belle histoire. Elle a travaillé notamment au Wall Street Journal, pour lequel elle a fait de nombreux reportages de guerre, notamment en ex-Yougoslavie (dont elle parle si bien dans son livre) et en Afrique. C'est d'ailleurs à la suite de son emprisonnement dans les geôles nigériennes qu'elle a décidé de se consacrer entièrement à l'écriture. C'est avec son deuxième livre, March, qu'elle obtient le Prix Pullitzer. Pour la petite histoire, son mari, l'écrivain Tony Horwitz est lui aussi lauréat de ce prix qu'il a obtenu onze ans avant sa femme, en 1995, alors qu'il était lui-même journaliste au Wall Street Journal. Ils se sont mariés en France, à Tourettes-sur-Loup (précisément dans le village où j'ai passé ma nuit de noces!) La deuxième anecdote: Catherine Zeta Jones a acquis les droits d'adaptation cinématographique de ce livre. Rien d'étonnant!
Pour en savoir plus: sur Géraldine Brooks (et notamment sur People of the book), sur la destruction du patrimoine livresque à Sarajevo (lire l'excellente note sur la Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo)
En ce moment, à la bibliothèque, je trouve plein de nouveautés (elles sont présentées sur une table et elle est plus souvent tabula rasa, si je puis me permettre cette expression;) Toujours-est il que j'ai trouvé deux livres qui m'ont bien plu et dont je souhaitais vous parler, car ce sont deux "écrivaines" de talent et je crois que cela mérite un peu de publicité!
Nell Freudenberger est une jeune auteur de ma génération, qui s'est fait connaître avec ce recueil de nouvelles, Lucky Girls paru en 2005, dans le New Yorker.
C'est le genre de lectures qu'il faudrait lire quand on a quinze ans. Il parle en effet des premières expériences de jeunes femmes, qui sont tout éloignées de leur pays d'origine, comme si le fait d'être immergée dans une civilisation lointaine, très différente de la sienne (en l'occurrence, d'Asie) était propice à de nouvelles explorations de soi-même. Les héroïnes rencontrent des hommes plus mûrs, mais ce sont toujours elles qui marchent sur le sentier de la sagesse. Il y a quelques passages superbes sur le lien fort et émouvant existant entre le milieu où nous sommes et les impressions qui nous submergent, et que seules certaines personnes arrivent à exprimer par l'écriture.
Pour en savoir plus, je vous invite à lire l'interview qu'elle a accordée et a été traduite sur le site Parutions.com.
Pour en savoir plus sur Sadie Jones.
Kafka sur le rivage est intriguant par son titre et sa fascination s'exerce tout au long de la lecture. Le livre se lit comme un policier, où le lecteur jongle entre trois, puis deux, et enfin une seule et même "intrigue" ou plutôt mystère (en fait, il faudrait inventer un mot rien que pour ce roman) qui nous mène aux frontières entre le rêve et la réalité crue. Un beau plongeon dans le Japon entre rites et vie moderne. Haruki Murakami, plusieurs fois nommé pour le Prix Nobel de littérature, est - on le sent bien- un homme cultivé, amateur de musique classique et féru de littérature. Laissez-vous emporter...
Pour en savoir plus: dans le livre, une grande partie de l'action se situe dans une bibliothèque, "la bibliothèque commémorative de Komura", qui n'existe pas en réalité, au grand dam des admirateurs du roman et de l'auteur. Vous pouvez néanmoins avoir une petite idée de cette bibliothèque imaginaire (qui n'aurait sans doute pas déplu à Alberto Manguel) sur ce blog:
http://www.flickr.com/photos/willau/15551827/
Ce qui m'amuse dans ces trois dernières lectures, c'est le fait que les personnages éponymes soient tous des adolescents d'une quinzaine d'années. Tiens, tiens...est-ce un hasard selon vous?
L'éditeur Eric Hazan, directeur des éditions La Fabrique, a été convoqué le 9 avril dernier par les policiers de la SDAT (Sous-Direction Anti-Terroriste) dans le cadre de l'enquête sur le "groupe de Tarnac" et les sabotages des lignes TGV.
Même si Eric Hazan a été entendu en qualité de témoin, la chose est assez rare pour être signalée, à savoir que la police anti-terroriste ait à convoquer un directeur de maison d'édition afin de l'interroger sur l'une de ses publications, en l'occurrence L'insurrection qui vient (La Fabrique, 2007).
Les policiers de la SDAT soupçonnent en effet Julien Coupat - emprisonné depuis la mi-novembre 2008 - d'être l'un des auteurs de cet ouvrage signé par le désormais célèbre mais toujours mystérieux "Comité invisible".
La maison d'édition a réagi : "Cette tentative d'impliquer un livre et un éditeur dans une association de malfaiteurs terroristes constitue une grave atteinte à la liberté d'expression. N'étant pas témoin des faits instruits
dans cette affaire, Eric Hazan a répondu qu'il n'était pas dans son rôle de combler le vide du dossier. S'il existe des éléments dans L'Insurrection qui vient enfreignant les lois sur la presse, Eric Hazan est prêt à en répondre
devant les tribunaux compétents."
Quant à l'avocat de l'éditeur, il trouve dangereux que "ce livre, qui n'a fait l'objet d'aucune procédure en matière de presse, soit inclus dans une instruction pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. On n'a pas vu ça depuis la guerre d'Algérie."
Source: biblio.fr, texte de Raymond Romano.
Note du Marchand de sel: je vous invite très vivement à aller voir le site de La Fabrique pour connaître l'engagement de son éditeur, découvrir un catalogue riche (notamment des ouvrages sur l'édition et l'avenir de livre écrit par André Schiffrin). Un démarche plus que salutaire.
La fondation Culture papier doit être créée fin mai sous l’impulsion de l’Union nationale de l’imprimerie et de la communication graphique (Unic). Objectif : valoriser la lecture de livres et de la presse écrite.
Le 27 mai prochain aura lieu l’assemblée générale constitutive de l’association Culture papier, prélude à la création d’ici un an et demi d’une fondation reconnue d’utilité publique et destinée à mettre en œuvre des actions de valorisation de l’imprimé et du papier.
Initiée par l’Unic, rejointe par d’autres organisations professionnelles de la filière graphique, Culture papier mènera des campagnes de communication auprès du grand public, et en particulier des jeunes, et une action de lobbying auprès des décideurs politiques et économiques.
L’objectif est de redorer l’image du papier et de l’imprimé, qui sont “la cible d’attaques régulières au regard de leur soi-disant nocivité pour l’environnement, selon la plaquette de présentation de la fondation. Or le papier constitue un produit naturel, particulièrement écologique, renouvelable, recyclable et bon marché.”
Le projet bénéficie du soutien d’une quarantaine de députés, dont Michel Lejeune (Seine-Maritime, UMP), qui doit initier la constitution à l’Assemblée nationale d’un groupe d’étude sur la culture papier, Hervé Gaymard, député de Savoie (UMP) et auteur du rapport Situation du livre. Évaluation de la loi relative au prix unique du livre et questions prospectives, qui projette de créer un club du livre à l’Assemblée. Cette idée a également reçu l’appui d’écrivains comme Didier van Cauwelaert ou Eric-Emmanuel Schmitt, et de Laurent Joffrin, directeur de Libération.
(extrait d'un article de Livres Hebdo, intitulé "L'imprimé et le papier passent à l'offensive", mai 2009)
À l’occasion du Salon du Livre qui a commencé il y a deux jours, avec pour invité d’honneur le Mexique (alors que le Ministère de la Culture n’a pas jugé digne de montrer sa tête de piaf, ce qui a failli me causer une véritable crise urticaire, comme vous pourrez vous même en juger ici), j’ai voulu vous faire une petite présentation historique et contemporaine du livre au Mexique, en m’appuyant sur trois lectures particulièrement fructueuses.
Comme par hasard, j’étais entrain de me replonger dans la lecture de La Bibliothèque, la nuit d’Alberto Manguel, et je suis tombée sur un très long passage fort intéressant (car il fait vraiment mal au cœur) sur les bibliothèques du Mexique, terre des Mayas et des Aztèques, à l’époque des Conquistadors. En voici des extraits :
« Au Mexique et en Amérique centrale, en particulier, les grandes bibliothèques et les archives des peuples précolombiens ont été systématiquement détruites par les Européens, à la fois pour priver ces peuples de leur identité et pour les convertir à la religion du Christ. »
Comme le souligne Alberto Manguel, « nous ignorons si Zùmarraga était conscient du paradoxe qu’il y avait à créer des livres d’une main et à en détruire de l’autre. Peu après sa nomination à la tête de l’Inquisition, il envoya des troupes dans les coins les plus reculés de la colonie afin de débusquer toute personne susceptible de posséder des objets religieux ou des livres enluminés aztèques. Au moyen de la corruption ou de la torture, il découvrit les lieux où se trouvaient d’importantes collections d’œuvres d’art et des bibliothèques entières que les notables aztèques avaient dissimulées, « particulièrement en provenance de Tezcuco, écrit Prescott, la capitale la plus cultivée de l’Anahuac et le principal dépôt des Archives nationales » . Finalement, après la collecte de ses émissaires d’une quantité ahurissante de tableaux et de livres, Zùmarraga les fit entasser sur la place du marché de Tlatelolco, et brûler. Le feu, rapportèrent des témoins, dura plusieurs jours et plusieurs nuits. »
Je ne vous cite là qu’un petit passage qui m’a marqué, mais je vous en conseille la lecture complète, avec la référence à quelques rescapés de la culture précolombienne et des raisons qui ont amené à de telles sauvageries (1). C’est un propos que je voulais introduire avant de parler du Mexique, tel qu’il existe aujourd’hui, bien éloigné de l’image d’Épinal, composé de sombreros et autres tacos.
J’ai aussi lu plusieurs articles de la revue de l’Association des bibliothécaires français (ABF), intitulée Bibliothèque(s) et qui a consacré tout un dossier à la lecture publique au Mexique, avec notamment une présentation de quelques bibliothèques mexicaines. J’en évoquerai deux, les deux plus importantes du pays, en matière de taille et d’innovation. Tout d’abord, la bibliothèque José Vasconcelos (BMJC) conçue par l’architecte Alberto Kalach, qui est à la fois un symbole de fierté et de honte pour les Mexicains. Son ouverture en grande pompe le 16 mai 2006 a été suivie d’une fermeture en catastrophe pendant près de deux ans, jusqu’au 1er décembre dernier, en raison de la corruption qui aurait entraîné des défauts de construction et grèvé le budget de fonctionnement. L’écrivain Jorge Volpi écrit à son sujet : « Cette bibliothèque n’aurait jamais dû voir le jour, il y avait d’autres priorités. Maintenant qu’elle existe, mieux vaut en profiter et lui souhaiter son succès, sur le modèle de la Bibliothèque Publique d’Information du Centre Pompidou.» Cette gigantesque bibliothèque de 40 000 mètres carrés, n’a pas en effet une vocation patrimoniale première ; ses 550 000 ouvrages sont uniquement des éditions récentes; elle n'en reste pas moins la plus grande bibliothèque du pays.
D’architecture tout aussi moderne, la Bibliothèque Juan José Arreola à Guadalajara, est plus ambitieuse à tous points de vue, s’inscrivant dans la construction du Centre Culturel universitaire, conçu par César Pelli, et forte de 2 millions d’ouvrages, dont plusieurs incunables. Cette nouvelle bibiothèque publique sera achevée en décembre prochain (si tout va bien) (2).
Face à ce gigantisme, qu’en est-il du réseau des librairies mexicaines ? C’est un peu la même composition : quelques mastodontes pour revaloriser la culture mexicaine de l’extérieur et une kyrielles de petites structures qui quadrillent tant bien que mal le territoire pour défendre la culture auprès des autochtones.
Dans un très bon article du dernier Lire (3), une journaliste commence par l’anecdote suivante : « André Breton, qui a passé plusieurs mois au Mexique en 1938, pour y donner une série de conférences, décide de se faire réaliser une bibliothèque sur mesure par un menuisier mexicain [en faisant ] une esquisse du meuble, en perspective, autrement dit avec trois pieds seulement visibles sur le papier. Et l’artisan de confectionner une bibliothèque avec trois pieds seulement !" Le Mexique est un pays livresque s’il en fut, mais d’après Livres Hebdo, moins d’un livre est lu par personne et par an ! Ce n’est pas un problème de lecture puisque le taux d’alphabétisation atteint 91% de la population et le livre au Mexique semble un objet de consommation courante, disponible partout . On compte seulement un millier de points de vente, dont 500 librairies en tout, dans un pays de près de 110 millions d’âmes (dont 22 millions pour la seule mégapole mexicaine, deuxième plus grande ville du monde après Tokyo)
Sur les 278 millions de livres publiés en 2007, tous titres confondus, la moitié représente des manuels scolaires et des livres distribués par l’État. La journaliste fait référence à deux types de librairies au Mexique : les grandes librairies, peu nombreuses mais célèbres, telles que la Librairie Rosario Castellanos (3 000 mètres carrés, 250 000 ouvrages pour 35 000 références), ouverte jusqu’à minuit les week-ends, ou la chaîne Gandhi (la première du Mexique pour le volume de livres vendus, un peu l’équivalent de la FNAC) et les librerias de viejo, les librairies d’occasion, qui attirent une population beaucoup plus hétéroclite que les première, réservées à une certaine élite.
Le prix moyen du livre vendu au Mexique atteint en effet facilement les 300 pesos (environ 16 euros), alors que 40% des Mexicains vivent encore avec 2 dollars par jour (1€50) et que le salaire mensuel minimum ne dépasse pas les 2 000 dollars (150 euros). Cela peut expliquer aussi qu’une grande librairie comme celle de Castellanos soit une propriété publique, celle du FCE (Fondo de cultura economica), comme une vingtaine d’autres librairies dans le pays. Le Mexique, fidèle à son image de bandit de grand chemin, n’est pas épargné par le piratage qui représente 20%, voire 25% des ventes, dont les avis sont partagés en matière de politique cultuelle. Certains considèrent que « le piratage fait plus pour la diffusion de la culture » que le Ministère de la Culture lui-même. D’autres se sont félicités du vote de la loi sur le prix unique du livre inspiré du modèle français, en mai 2008 (mais en attente d’un décret d’application). Sur le plan institutionnel, on ne peut nier, comme le raconte Philippe Ollé-Laprune dans son livre (éditions de la Différence) que « le pouvoir mexicain encourage la création, bichonnant ses écrivains à grands renforts de bourses, de commandes, de poste, mais néglige la diffusion. »
Alors quid des écrivains et de la littérature mexicaines ? Le romancier Paco Taibo II a dit : « Il n’y a plus de littérature mexicaine, il y a des écrivains mexicains. » Qu’en pensez-vous ?
(1) Alberto Manguel, La bibliothèque, la nuit, Actes Sud, p.126 à 133.
(2) "Les bibliothèques mexicaines innovent, La Bibliothèque Vasconcelos" par F.H. Pacheco, traduit par Cécile Swiatek et "Des bibliothèques au créneau, la bibliothèque Juan José Arreola par Cécile Swiatek, in Bibliothèque(s), n°43, mars 2009.
(3) "La littérature mexicaine: des livres sans lecteurs" par Delphine Peras, in Lire, mars 2009, p.95 à 97.
À consulter aussi:
Les écrivains mexicains, vus par la Librairie Compagnie.
Mon article "Petit historique de l'autodafé" publié en novembre 2007.
On dirait que l'Amérique latine est entrée chez moi et ne va pas tarder à s'étendre sur le monde...des livres.
Après la mélancolique Nuala O'Faolain, j'ai hésité entre un livre portugais et un livre colombien pour nouvelle lecture. J'ai finalement opté pour ce dernier, Les Armées d'Evelio Rosero, publié chez Métailié. Jusqu'à présent, de la Colombie, je n'avais qu'une culture nourrie par les média que ce soit le cinéma ou la presse pour lesquels ce pays n'est marqué que par les trafiquants de drogue et les enlèvements perpétrès par les FARC et autres guerrileros. Dans ce livre, il n'y ait jamais question de politique ou de réglement de compte avec les pouvoirs établis de la part de l'auteur. Il s'agit seulement de suivre un vieil homme, qui aime sa femme mais qui se sent encore vivant en fantasmant sur les autres femmes. Il pense que les jours heureux peuvent couler ainsi, aussi sucrés que le jus des oranges de son jardin...mais la guerre civile fait rage. Tout son petit monde, incarné par les personnalités du village, va s'écrouler comme les maisons qui le constitue. Et ce n'est que dans la recherche desespérée de son épouse et de sa raison disparues, que cet homme donne de l'humanité au pays qu'il représente, ravagé par la violence et le laxisme. Un livre dont on sort un peu sonné...Un très beau petit roman.
C'est en refermant ce livre que je me suis demandé: "Mais qu'est-ce que je connais donc à la littérature sud-américaine?" pas grand chose en faîte...Tout a commencé durant l'été 2003. J'ai eu une sacrée révélation, une double claque qui m'a fait tombée amoureuse de ce sous-continent. la première claque fut la lecture de Fictions de Borges. Un vrai choc! La première nouvelle, un vrai casse-tête, a failli me rendre folle de rage en raison du trop grand nombre de mots que je ne comprenais pas. En lisant la suite de ce recueil avec un autre regard, celui de me laisser guider par la musique des mots, je suis tombée sous le charme de Borges. Ah l'Argentine...voilà bien un des rares pays que j'aimerais bien connaître...Buenos Aires...ce nom à lui seul est un poème.
Le deuxième choc fut la lecture de Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Ce n'était donc pas ma première lecture d'un auteur colombien et je vois que le prix Nobel de littérature a de dignes héritiers. Je suis sûre désormais de ne pas m'arrêter là. Pour preuve, la prochaine édition du Salon du livre de Paris a pour invité d'honneur le Mexique. Je vous conseille à ce titre vivement la lecture de l'interview du SNE (Syndicat nationale de l'édition), organisateur de la manifestation sur l'excellent site Actuallité, ou en cliquant sur le lien suivant: Une envie d'Amérique latine.
Je profite de cette note pour vous lancer un petit défi sur L'Arbre à livres; quels sont pour vous les trois livres de littérature d'Amérique centrale et du Sud qui vous ont marqués?
(Quand je pourrais, je vous ferai une autre petite note particulière sur le cas "à-part" de Julio Cortazar)
J'ai lu L'histoire de Chicago May, l'été dernier, en poche, dans la collection 10/18. Je n'ai pas trop aimé l'ambiguïté persistante de ce livre, entre roman et biographie non-officielle. néanmoins, j'ai aimé la simplicité et le gravité avec laquelle elle écrit, notamment sur la condition des femmes irlandaises au début du siècle dernier. Un passage que j'ai même lu à ma grand-mère tant il m'a marqué.
Quand j'ai su que son dernier livre sortait en lisant le numéro de Page du mois de septembre, j'ai appris du même coup qu'elle était morte en mai dernier. J'ai été un peu sonnée d'apprendre sa mort. la lecure du synopsis de son dernier roman, imprimé au moment du drame, m'a plu. Je tiens à préciser qu'il n'y avait aucune curiosité morbide dans ma volonté de lire ce livre. Le sujet m'a rappelé des souvenirs de l'irlande, et bien que cela parle des sentiments d'une tranche d'âge dont je suis encore éloignée, j'ai été interpellée tout de suite par les mots de Nuala O'Faolain.
En voici un extrait qui décrit l'automne dans le petit village abandonné où la narratrice, Rosie a élu domicile, avec une chienne errante:
"J'ai arpenté le promontoire avec elle, observant comme un condamné à mort observe le calendrier, la façon dont l'automne colonisait l'été. Il y avait toujours des écheveaux d'églantines dans les haies bordant le chemin, mais les mûres vertes devenaient écarlates avant de virer au noir et le feuillage s'emmêlait et ployait sous son propre poids. A la lisière des bois, les feuilles déjà tombées teintaient de brun l'enchevêtrement des broussailles et des jeunes arbres. Des hampes de crocosmia de couleur vive délimitaient chaque haie et chaque mur - "la fleur de la rentrée" - comme l'appelaient les enfants..."
Si vous voulez découvrir l'oeuvre de cet auteur, vous pouvez lire tous ces écrits parus chez Sabine Wespieser éditeur. Nuala O'Faolain s'est fait une renommée mondiale dès la parution de sa première oeuvre, chroniques d'une irlandaise aux Etats-Unis, On s'est déjà vu quelque part?, que vous pouvez lire tout comme les deux suivants (Chimères et J'y suis presque) en 10/18.
Dédicace à Nuala O'Faoilain: Merci de m'avoir fait réflechir sur la vie, d'écrire de si jolies choses. Cette note te rend hommage et j'espère que d'autres lecteurs te découvriront grâce à moi.
Je viens de découvrir la prochaine publication d'un livre que je meurs d'envie d'avoir (et je pense que je ne serai bientôt plus la seule).
dirigé par Patricia Sorel et Frédérique Leblanc
avec la collaboration de Jean-François Loisy
(éditions Electre-Le Cercle de la librairie)
Une histoire de la librairie en France de 1810 à nos jours. Au XIXe siècle, la librairie se sépare de l'édition et se libère de la surveillance de l'Etat. Au XXe siècle, la profession s'organise, avant de se trouver confrontée à de nouveaux enjeux et de nouveaux concurrents.
Il paraît le 14 novembre prochain. Seul hic (et de taille) son prix; 159 euros! Pour me consoler, je peux le feuilleter en ligne sur le site d'Electre, et je dis bien feuilleter car pour ce qui s'agit de lire, c'est plutôt impossible (la loupe zoom sur une petite partie de la page!)
Lors de mes pérégrinations dans les librairies marseillaises, j'ai trouvé quelques livres passionnants, à dévorer, sur la littérature jeunesse. Hélas! je n'ai plus les moyens de me les offrir pour le moment, alors pour l'instant, je vous les présente.
Dans ce qu'Histoire de l'Oeil appelle son coin jeunesse, jouxtant l'espace réservé aux futurs écrivains et amateurs de Moleskine, j'ai trouvé ce livre-catalogue dont j'avais déjà entendu parler de l'exposition. Jusqu'au 11 avril 2009, se tient en effet à la Bibliothèque nationale de France, une exposition intitulée comme le livre: Babar, Harry Potter, Livres d'enfants d'hier et aujourd'hui. Depuis Lire en Fête et jusqu'au printemps prochain, de nombreuses manifestations, ateliers et colloques se tiennent à la BNF ou sur des salons. Pour le plaisir des yeux, rendez-vous sur le site officiel, et partez à la découverte du patrimoine de la littérature enfantine. Vous pourrez feuilleter les pages des plus beaux albums, un vrai régal.
580 pages et 250 illustrations couleur, 48 €, éditions de la BNF
Nouveauté Série Littératures n° 534, 128 pages,12,30 €
Moi qui suis plutôt branchée albums en ce moment, quoique pour l'instant aux seuls ouvrages en carton épais, je suis tombée sur ce très bel ouvrage-essai de Sophie Van der Linden, Lire l'album (édition 2006), publié aux éditions de L'Atelier du Poisson Soluble. Cela signifie-t-il qu'il y en a eu d'autres auparavant et qu'il y en aura d'autres après? En tout cas, c'est la dernière édition.
"Mobilisant des outils ainsi qu'une réflexion théorique rigoureuse,développant un propos clair et accessible appuyé sur de nombreux exemples en images, cet ouvrage s'adresse à tous ceux qui souhaitent mieux comprendre le fonctionnement de l'album et approfondir leur lecture :enseignants, bibliothécaires, médiateurs,étudiants, illustrateurs..." et jeunes mamans passionnés des livres et ceux de la jeunesse en particulier.
168 pages, 34 €, Mai 2006 - Mars 2007, éditions de L'Atelier du Poisson soluble.
C'est fou que je dise cela, moi qui en 2003, lors de ma première participation à un salon jeunesse, le salon d'Aubagne en l'occurence, me désintéressait assez de la chose. De l'eau a coulé sous les ponts...
Et vous ne connaissez pas la meilleure? L'auteur sera là pour parler de son livre au prochain salon du livre jeunesse d'Aubagne qui se tiendra du 13 au 19 novembre prochain. durant les journées professionnelles (le 14 et le 15) où je ne pourrais malheureusement pas assistée, il y aura six ateliers consacrés au Monde de l'album, dont un avec l'auteur de ce livre. Je serai au salon probablement un de ces deux jours-là. à suivre...
J'ai déjà eu l'occasion d'en rencontrer l'auteur et fondateur de la maison d'édition, Rue du Monde, superbe éditeur qui fait des livres magnifiques et qui est très engagé. Ce livre ne déroge pas à la règle, même si je n'aime pas trop le dessin, le propos est plein d'humour...prenant à contre-pied l'état de fait selon lequel les enfants ne liraient plus et leurs parents s'en arracheraient les cheveux.
59 pages, 12 euros, collection "Kouak!", éditions Rue du Monde
Et il faut croire que dans tous les bons livres, il y a un loup dedans...prêt à vous croquer ou à vous faire sourire. Moi je me suis bien fendue la pêche en lisant cet album, même si on se doute bien de la fin (faim?)
À l’heure de la dématérialisation des supports, l’engouement n’a jamais été aussi fort pour les livres rares et autres éléments du patrimoine écrit. Mais qu’entend-t-on précisément par livres anciens ? Le marché du livre collectible est en effet très diversifié et il faut y mettre un peu d’ordre. On n’entend par « collectible » tout livre introuvable dans le commerce. Pour être plus rationnel, on entend quatre éléments entrant en ligne de compte dans le calcul de sa valeur: le nom de l’auteur, l’importance de son œuvre, la rareté de l’objet bien sûr et sa provenance.
À ce titre, certains ouvrages originaux ont connu des envolées lors des dernières ventes aux enchères. En 2001, le manuscrit du Voyage au bout de la nuit de L.F Céline a été préempté par la Bibliothèque nationale à 1,82 million d’euros et en mai dernier, celui du Manifeste du surréalisme d’André Breton, écrit en 1924, a été adjugé chez Sotheby’s pour la somme faramineuse de 3,2 millions d’euros. Devant des sommes aussi astronomiques, le temps bienheureux où des amateurs éclairés pouvaient se constituer de superbes collections à des prix abordables, semble révolu. Il faut dire qu’en l’espace de dix ans, le secteur du patrimoine jusqu’alors confidentiel est devenu un marché florissant, avec de nouvelles règles.
Gérard Lhéritier, directeur du musée des Lettres et Manuscrits à Paris et collectionneur aux dents longues, se montre pragmatique : « La France a dix ans de retard par rapport aux Etats-Unis. Notre marché du patrimoine écrit est entrain de se réveiller. Les pièces ne sont pas trop chères. On peut encore faire de bonnes affaires, mais la matière première se restreint, la demande augmente, et il y a de plus en plus de gens qui ont de moyens et qui veulent se constituer des collections. »
Quid du petit bibliophile ? Tout un pan de ce secteur en mutation demeurerait entre les mains des librairies spécialisées. De plus, les vols sont rares dans ce domaine, le faux n’existe presque pas sur le marché du livre et, puisque l’offre est rigide, la capitalisation est pour ainsi dire capitalisée. Comme l’explique Anne Heilbronn, directrice du département des livres et manuscrits chez Sotheby’s, « il existe désormais en France un marché du patrimoine écrit, dont les prix restent modérés comparés à ceux des œuvres d’art », soumises aux problèmes de recèle et de contrefaçon.
Comment expliquer alors un tel engouement ? C’est que désormais, les salles de vente et Internet rivalisent férocement avec les librairies de livres anciens. La concurrence a bousculé les usages et modifié le profil des acheteurs. Frédéric Castaing reconnaît que le marché de l’écrit est « sous-évalué » et insiste sur « l’équilibre » qui prévalait jusqu’à présent « entre les institutions publiques, les marchands et les collectionneurs, et qui est entrain d’être rompu depuis quelques années par la spéculation ». Pour l’instant, les spéculateurs ne risqueraient pas déstabiliser le marché, car ils ne représenteraient que 5% de la clientèle dans le monde des livres…Mais cela pourrait bien changer à l’avenir.
On constate déjà en effet une augmentation du prix des pièces comprise entre 7 et 11% par an en moyenne. Cette flambée des prix est certes due à certains spéculateurs, mais aussi en raison de l’arrivée sur le marché de nouveaux collectionneurs et de la médiatisation des ventes. Olivier Decers, spécialiste du livre ancien, nous met en garde : « Internet a mis les libraires à plat et a modifié notre rapport au savoir. Certains bibliophiles achètent à l’aveugle sur la Toile, d’autres profitent de la transparence offerte par le Web pour récolter les informations connexes à l’objet (…) Il y a peu de jeunes bibliophiles et les nouvelles éditions ou reliés sont de plus en plus rares. » À côté de ce marché du livre rare, se développe un autre secteur florissant, celui des lettres, billets et autographes. Si certaines pièces sont encore abordables, d’autres ont déjà rejoint les sphères des plus riches collectionneurs. Par exemple, la moindre lettre d’écrivain célèbre décédé peut se vendre plusieurs milliers d’euros. Reste un domaine pour presque toutes les bourses : les rééditions limitées et fac-similés de manuscrits. Selon les marchands, les collectionneurs seraient plus enclins qu’on ne le croit à montrer leurs trésors et à autoriser leur reproduction. La chose écrite a donc encore de beaux jours devant elle et reste une valeur-refuge à l’heure de la crise…
(sources : Lire, juillet-août 2008, « L’eldorado du livre rare » et Le magazine littéraire, octobre 2008, « La flambée des manuscrits »)
Voici mes dernières trouvailles! Depuis environ cinq ans, mon dada de lecture se résume à l'équation suivante: livre au carré. Je suis attirée irrémédiablement par les livres qui parlent des livres ou de tout ce qu'il y a autour: les libraires, les bibliothécaires ou encore les lecteurs! C'est autant le livre en tant que sujet que le livre-objet qui me fascine et je me régale des livres sur l'histoire du livre et de la lecture. Tant de gens (quoique de moins en moins) lisent et ne savent rien de ce petit carré de papier et d'encre qui a changé la face du monde..
En quatre images, voici un petit bout de mon univers livresque...
