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Bon,ben, ça y est l'automne est là. J'ai essayé de faire durer l'été en mettant du soleil dans mes livrre et en gardant le coton sur mes épaules, mais ç'est bien fini cette fois. La pluie est tombée sur la cité phocéenne et les pulls sont de rigueur. Ma rentrée livresque s'est aussi faîte. Mais avant de passer aux devoirs, revoyons mes dernières lectures de vacances...
Comme je vous l'ai annoncé lors d'une de mes précédentes notes, j'ai eu entre les mains la nouvelle de Curzio Malparte, un de mes auteurs favoris, intitulé Un compagnon de voyage, paru dans la très belle édition du Quai Voltaire. J'ai été très surprise par leur format (il s'agit d'un tout petit livre), par le style (on n'est loin des longues phrases empreintes de poésie de Kaputt ou La Peau), qui se veut sobre et efficace. On y retrouve néanmoins les thèmes préférés de l'auteur germano-italien: la guerre, le patriotisme, l'amitié, la bassesse humaine. Un petit plaisir.
Je me suis ensuite plongée dans un bon gros pavé, tout ce qu'il y avait de plus attirant: près de 1150 pages, un titre mystique (Jonathan Strange et Mr Norell), de la magie, une trame historique. Ce premier roman gargantuesque de l'écrivain britannique Susanna Clarke, restera comme une lecture à-part. On y découvre un style comme on en voit plus, hérité des grands auteurs anglais du XIXe siècle, tout un monde et un paratexte (des notes incroyables, dont la plus grande d'entre elles fait 5 pages!) lié au monde et à l'histoire de la magie anglaise créés de la seule imagination de l'auteur et une histoire cinématographique en diable, avec des personnages aux caractères savoureux. J'ai été bluffée par ce véritable défi que cette quinquagénaire s'est lancée il y a plus de dix ans pour écrire cette oeuvre intemporelle, et pourtant marquée par l'Histoire, féérique et réaliste, magique et tellement humaine à la fois. On pourrait presque parler de trois livres en un, ma partie préférée correspondant au début de la troisième; lorsque l'action se déplace dans une Venise plongée dans les ténèbres, digne d'un film tout droit sorti des studios de la Hammer. Je vous conseille d'aller sur l'excellent site Le Cafard cosmique qui a écrit une longue note sur l'histoire de ce livre: Coup de Génie ou coup Marketing? et pour ceux qui n'ont pas peur des critiques assassines, la critique du webzine.
Dans un ton beaucoup plus léger, j'ai fini le mois de juillet, avant ces deux lectures plus savantes, par un premier roman, Le Diable s'habille en Prada dans le monde de l'édition: Cherche auteur desespérément de Debra Ginsberg, qui a tout à fait la tête de l'emploi. Oh, c'est sûr que ce n'est pas du grand style et on est très loin de Fictions de Borges ou même de Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino, mais bon c'est une lecture d'été assez sympa qui a eu un beau succès outre-atlantique.
Par nostalgie sans doute, avec la rentrée scolaire, je suis allé sur le site de mon ancien QG (IUT d'Aix-en-Provence) pour trouver quelques idées de lectures. Je n'ai en effet jamais été déçue par les conseils de mon ancien professeur de narratologie. C'est quand même lui qui m'a fait découvrir la littérature sud-américaine: Borges, Garcia Marquez, Cortazar...D'ailleurs, à propos de littérature hispanophone et de réalisme magique, je suis entrain de lire un petit bijou, mais chut! Je vous en dirai plus quand je l'aurai fini dans quelques jours...
Sinon, j'ai achevé hier la lecture de mon premier roman de John Fante. J'avais entendu parler de cet auteur, mais je ne savais pas qu'il avait eu une vie si romanesque: une adolecence dans les années d'après-guerre, une période faste d'écriture dans les années 30, plusieurs décennies en tant que scénariste pour Hollywood et plusieurs adaptations de ces romans au cinéma (avec plus ou moins de succès), une seconde période d'écriture dans les années 50, et une fin de vie digne de Borges (encore), dictant aveugle à sa femme, son dernier roman. Mais ce qui est le plus troublant, c'est qu'il n'a vraiment connu de succès qu'à sa mort, et plus en Europe qu'aux Etats-Unis! C'est même en France qu'il connait la plus grande notoriété et que se trouve le berceau de sa notoriété posthume. Grâce à un article paru dans les années 80 dans Libération signé Philippe Granier, Christina Bourgois se lance dans l'édition française des oeuvres de Fante:
"Nous avons commencé à travailler ensemble, informellement, à la fin de l'été 1984. J'avais publié un article dans Libération sur John Fante, signalant la réédition de ses livres oubliés chez Black Sparrow. Sur la foi de ce papier, Bourgois m'annonçait qu'il en avait acheté quatre ! Et désirais-je en traduire un, ou plusieurs ? Demande à la poussière me suffirait, merci. Ce coup-ci fut le bon, il n'y en eut jamais de meilleur, mais j'étais aussi interloqué qu'inquiet. A tort : trois ans plus tard, il y avait des piles de Fante dans les kiosques d'aéroports."
(Extrait de l'article Bourgois et son poisson pilote, de Philippe Garnier, Libération, 27 décembre 2007)
J'ai lu Demande à la poussière et j'ai vraiment adoré le style. Il a fallu que je vérifie de mes propres yeux, sur la page du colophon que ce livre avait bien été édité en 1939: le style est tellement percutant, fluide (comme le dit si bien Bukowski dans la préface qu'il écrivit de ce roman, en 1979) et moderne! Le personnage d'Arturo Bandini, alter-ego de l'auteur, est savoureux, à l'aube de sa carrière d'écrivain. Cela m'a donné envie de lire les autres livres de cet auteur majeur de la littérature américaine du XXe siècle, et plus spécialement le cycle d'Arturo Bandini (La route de Los Angeles, Bandini, et Les Rêves de Bunker Hill), mais pas encore...je me laisse ennivrer par le souvenir d'une délicieuse lecture...
Hier matin, alors que je prenais mon petit déjeuner devant l'écran cathodique, j'ai failli m'étrangler devant la nouvelle programmation de M6. Au début, j'ai compris qu'il s'agissait d'une série se déroulant dans une librairie. Je me suis dit: "Chouette!" Bon, c'est un énième sitcom américain, avec rires enregistrés et blagues toutes faîtes, mais bon...cela change des éternelles séries sanguinaires." J'ai zappé dessus au moment où une blonde dormait les bras sur le comptoir du café de la librairie. Quand cette dernière s'est réveillée, quelle n'a pas été ma surprise de découvrir Pamela Anderson. Oulà...j'ai tout de suite pensé: "Qu'est-ce que c'est que cette série avec Barb Wire?" Le stéréotype de la blonde idiote pas si conne qui lit des bouquins n''est-il pas un peu éculé? Une série tout entière peut-elle tenir plusieurs saisons avec ce postulat bête à pleurer?" Malgré toutes ces remarques, je me suis prise à regarder jusqu'au bout et je n'ai pas trouvé cela si mauvais. La seule chose qui ne tienne pas la route est que, aussi gentille que Pamela Anderson puisse paraître dans cette série, ce rôle de composition sied mal à une quadragénaire aussi plantureuse soit-elle.
Les Américains sont très loin de leur première tentative de transformation d'ingénue en blonde fatalement spirituelle sur pellicule. Souvenons-nous du film Comment l'esprit vient aux femmes avec la belle blonde oscarisée Judy Holliday, film de George Cukor peu connu tourné au début des années 50 et qui a donné lieu à un remake avec Mélanie Griffith. Plus sérieusement, les rares essais filmiques autour du monde "mystérieux et romanesque" de la librairie sont rares. On peut citer The shop around the corner avec James Stewart, revu et corrigé lui aussi avec plus de succès en surfant sur la mode du web encore peu développé en France avec Vous avez un message, film dans lequel la jolie Meg Ryan pleure en conseillant un livre pour enfants dans la grande librairie de son concurrent. ("Ah, les libraires ne sont plus ce qu'ils étaient...et tous les vendeurs des grandes surfaces culturelles sont des incultes de première classe...", tel est semble-t-il le contenu du fameux message).
En faîte, les Anglais sont bien plus subtils et leur humour noir, aussi célèbre que leurs comédies romantiques, peut faire passer beaucoup mieux ce genre d'axiome. La librairie de Hugh Grant dans Coup de foudre à Notting Hill ne rend-elle pas à elle seule plus justice du quotidien du libraire? Certes, ne vous faîtes aucune illusion: Julia Roberts a peu de chance de pousser la porte de votre bookshop, mais les voleurs à la sauvette, les emmerdeurs de service et les habitués sont monnaie courante dans les librairies, lieu hors pair pour de nombreuses situations cocasses. Les British se sont déjà essayés à tirer le filon en faisant une série dans le ton, intitulée Black Books, qui aura duré elle plus longtemps que Les lectures d'une blonde avec trois saisons (entre 2000 et 2004), contre deux saisons pour cette dernière. Il n'y avait pas de jolies blondes dans cette série, si ce n'est bien mousseuses, alors évidemment...
Eh oui, l'été approche et la plus belle saison arrive à sa fin. Déjà les chaudes journées pointent le bout de leur nez, les gens font des rêves de plage et d'aventures, et les marchands de sel (ou de rêves, c'est kif-kif) se plongent dans de délicieuses lectures...à partager. Quels livres à lire?
Géraldine Brooks est le genre de femmes que l'on ne peut que trouver sympathique. Son visage donne confiance et sa vie est vraiment une belle histoire. Elle a travaillé notamment au Wall Street Journal, pour lequel elle a fait de nombreux reportages de guerre, notamment en ex-Yougoslavie (dont elle parle si bien dans son livre) et en Afrique. C'est d'ailleurs à la suite de son emprisonnement dans les geôles nigériennes qu'elle a décidé de se consacrer entièrement à l'écriture. C'est avec son deuxième livre, March, qu'elle obtient le Prix Pullitzer. Pour la petite histoire, son mari, l'écrivain Tony Horwitz est lui aussi lauréat de ce prix qu'il a obtenu onze ans avant sa femme, en 1995, alors qu'il était lui-même journaliste au Wall Street Journal. Ils se sont mariés en France, à Tourettes-sur-Loup (précisément dans le village où j'ai passé ma nuit de noces!) La deuxième anecdote: Catherine Zeta Jones a acquis les droits d'adaptation cinématographique de ce livre. Rien d'étonnant!
Pour en savoir plus: sur Géraldine Brooks (et notamment sur People of the book), sur la destruction du patrimoine livresque à Sarajevo (lire l'excellente note sur la Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo)
En ce moment, à la bibliothèque, je trouve plein de nouveautés (elles sont présentées sur une table et elle est plus souvent tabula rasa, si je puis me permettre cette expression;) Toujours-est il que j'ai trouvé deux livres qui m'ont bien plu et dont je souhaitais vous parler, car ce sont deux "écrivaines" de talent et je crois que cela mérite un peu de publicité!
Nell Freudenberger est une jeune auteur de ma génération, qui s'est fait connaître avec ce recueil de nouvelles, Lucky Girls paru en 2005, dans le New Yorker.
C'est le genre de lectures qu'il faudrait lire quand on a quinze ans. Il parle en effet des premières expériences de jeunes femmes, qui sont tout éloignées de leur pays d'origine, comme si le fait d'être immergée dans une civilisation lointaine, très différente de la sienne (en l'occurrence, d'Asie) était propice à de nouvelles explorations de soi-même. Les héroïnes rencontrent des hommes plus mûrs, mais ce sont toujours elles qui marchent sur le sentier de la sagesse. Il y a quelques passages superbes sur le lien fort et émouvant existant entre le milieu où nous sommes et les impressions qui nous submergent, et que seules certaines personnes arrivent à exprimer par l'écriture.
Pour en savoir plus, je vous invite à lire l'interview qu'elle a accordée et a été traduite sur le site Parutions.com.
Pour en savoir plus sur Sadie Jones.
Kafka sur le rivage est intriguant par son titre et sa fascination s'exerce tout au long de la lecture. Le livre se lit comme un policier, où le lecteur jongle entre trois, puis deux, et enfin une seule et même "intrigue" ou plutôt mystère (en fait, il faudrait inventer un mot rien que pour ce roman) qui nous mène aux frontières entre le rêve et la réalité crue. Un beau plongeon dans le Japon entre rites et vie moderne. Haruki Murakami, plusieurs fois nommé pour le Prix Nobel de littérature, est - on le sent bien- un homme cultivé, amateur de musique classique et féru de littérature. Laissez-vous emporter...
Pour en savoir plus: dans le livre, une grande partie de l'action se situe dans une bibliothèque, "la bibliothèque commémorative de Komura", qui n'existe pas en réalité, au grand dam des admirateurs du roman et de l'auteur. Vous pouvez néanmoins avoir une petite idée de cette bibliothèque imaginaire (qui n'aurait sans doute pas déplu à Alberto Manguel) sur ce blog:
http://www.flickr.com/photos/willau/15551827/
Ce qui m'amuse dans ces trois dernières lectures, c'est le fait que les personnages éponymes soient tous des adolescents d'une quinzaine d'années. Tiens, tiens...est-ce un hasard selon vous?
Avez-vous aimé ma première sélection printanière? l'avez-vous trouvé trop studieuse? En voici une nouvelle qui pourrait vous combler. Bonne lecture à tous, passants et fidèles lecteurs!
Mon mari et moi nous sommes rencontrés dans une Cité universitaire dans le Sud de la France par une froide nuit du mois d'octobre. Et la personne qui a été un peu à l'origine de cette rencontre, qui a un peu forcé notre destin, s'appelle Yacoub Traoré. C'est un grand homme, filiforme avec une voix pleine de chaleur. Le genre d'homme que l'on n'oublie pas. Aussi n'étais-je qu'à moitié surprise d'apprendre il y a quelques semaines que notre ange gardien avait écrit un livre sous le pseudonyme TYN. Il ne s'agit pas d'un petit livre obscur écrit sur un de ses sujets d'étude ou d'une nouvelle écrite sur le coin d'un banc de fac...mais d'un bon gros pavé, de ceux que l'on dévore à pleines dents l'été, au bord de la piscine ou dans son lit bien au frais sous la lune. Si vous avez aimé Tolkien, si vous êtes féru des grandes sagas épiques, alors allez découvrir le premier tome des Aventures du Schountari, La Chute du Dagantar, publié aux éditions Publibook (vous pourrez y lire le synopsis, une critique et les premières pages du livre). Si vous souhaitez en savoir plus sur cet auteur, ingénieur au Gabon à la ville, je vous invite à lire l'entretien qu'il a réalisé sur le site Afrikibouge.
Vous connaissez mon intérêt pour les livres qui parlent de livres, de romanciers plein d'états d'âme, de lectrices ou lecteurs passionnés, de libraires obscures, alors vous ne serez pas étonnés d'apprendre que je suis tombée amoureuse d'un livre (sans l'avoir encore lu...c'est comme pour la première fois en amour, on voudrait déguster). L'objet de mon désir s'appelle L'Amour est à la la lettre A de Paola Calvetti, publié aux Éditions de la Cité. Je crois que j'ai toujours été très attirée par la littérature italienne, voire même plus largement par l'aspect profondément romanesque et romantique de l'Italie. Ce livre ne fera pas exception. Le sujet est simple:
Milanaise romantique, Emma décide de changer radicalement de vie en ouvrant une librairie de quartier baptisée Rêves & Sortilèges...
Le charme et l'originalité de sa boutique résident dans sa spécialité : les livres consacrés à l'amour. Emma, qui semble s'être résignée au célibat depuis son divorce, n'a pas son pareil pour dénicher l'ouvrage qui aidera un client perdu sur la carte du Tendre. C'est évidemment par l'intermédiaire d'un livre qu'Emma retrouvera Federico, son grand amour de jeunesse. Alors qu'ils ne se sont pas vus depuis trente ans, tout se passe comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Si ce n'est que Federico vit à présent à New York, où il est architecte, marié et père d'une adolescente. Malgré tout, Federico et Emma entament une relation épistolaire, après avoir ouvert chacun une boîte postale dont ils sont les seuls à connaître l'existence... Dans ce roman hors normes, Paola Calvetti rend un vibrant hommage au pouvoir des mots et de la littérature. A lire pour rêver, les yeux ouverts, à toutes les possibilités de l'amour.
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Dans la continuité de ma dernière note sur l'incarcération de Julien Coupat et de l'audition d'Éric Hazan, la Maison des écrivains et de la littérature a écrit une pétition pour la défense de la liberté de lire, d'écrire et d'éditer. Je vous invite à faire un petit tour sur ce site. Vous trouverez ci-après le texte de défense et un lien vers la pétition.
"Nos bibliothèques sont toutes pleines à craquer de livres
subversifs. De ceux là, nous vient l’inspiration. De ceux-là, nous
apprenons à penser. De ceux-là, nous apprenons à douter. Mais aussi à
croire. De ceux-là, nous apprenons à lire le monde, à le délier aussi.
A ceux-là, nous tenons, tant ils nous tiennent en vie. Ces livres que
nous lisons, que nous aimons sont tous, par essence, dans le fond comme
dans la forme – par le rapport qu’ils entretiennent à la langue,
enracinée dans le vivant –, subversifs."
Ainsi, pour dénoncer le délit de lecture dont est accusé Julien Coupat, nous entendons ouvertement déballer nos bibliothèques, à l’instar de Walter Benjamin. La pétition est accessible ici.
En me rendant à la librairie Goulard, sur le Cours Mirabeau, j'ai trouvé deux livres particulièrement alléchants. Le premier s'intitule Le Faussaire et son double. Écrit par Lucien d'Azay, il s'agit d'une biographie du poète maudit Thomas Chatterton.
Premier poète romantique, aussi talentueux que précoce, mais pauvre et orphelin, voué enfin à l'échec, à la folie et à l'autodestruction, Thomas Chatterton incarne tous les fantasmes dont s'est enivré le romantisme. Il est aussi l'un des plus grands faussaires de la littérature occidentale. En effet, Chatterton laisse une œuvre complexe et singulière, écrite moitié en anglais moderne et moitié dans un pseudo-anglais médiéval qu'il attribue à un moine imaginaire, Thomas Rowley, contemporain de Villon. De peur qu'on n'apprécie pas ses vers à cause de son âge, il fabrique de faux manuscrits médiévaux, qui trompent les notables de Bristol, sa ville natale, et même Horace Walpole, alors au sommet du monde littéraire britannique (à qui on doit le concept subtilement british de serendipity) La supercherie se révèle si efficace que Chatterton ne parvient plus à se défaire de son masque. Le 24 août 1770, à Londres, après avoir en vain essayé de vivre de sa plume, il s'empoisonne dans une mansarde de Brooke Street. Il a dix-sept ans et neuf mois. Une vraie vie romanesque dont plusieurs auteurs ont été inspirés: Alfred de Vigny et Keats, par exemple. Un régal de lecture donc paru aux éditions Belles Lettres.
Toujours dans la veine anglaise (ne dit-on pas que le printemps est la plus belle des saisons en Angleterre?), je suis tombée amoureuse d'une très belle édition, celle de L'Anneau et le livre de Robert Browning. Paru chez le jeune éditeur Le Bruit du temps, qui fêtera sa première année d'existence le 4 juin prochain, ce livre est une réédition sublime du texte paru en français il y a 50 ans aux éditions Gallimard. Publiée cette fois en édition bilingue, cette oeuvre a été traduite par Georges Connes. Le péritexte est tout bonnement superbe (avec une préface de Marc Porée, spécialiste de la poésie anglaise). L'impression est aussi de haut vol: papier, typographie, mise en pages, reliure, du grand art! Et somme toute pour un prix raisonnable (39€).
Tout a commencé lorsque l'auteur a découvert un "vieux livre jaune" chez un bouquiniste, qui présente le procès de Guido Franceschini tenu à Rome en 1698. Même si Robert Browning a écrit son oeuvre fleuve en vers, la traduction prosaïque en français ne retire en rien à la force du livre, qui se dévore comme une intrigue policière, tout en appréciant la dimension poétique. La structure a été exploitée par la suite par des romanciers (Faulkner, Christa Wolf) et des cinéastes (Kurosawa). C'est par ce biais que l'auteur devient tardivement célèbre. Henry James consacrera lui-même plusieurs écrits sur cet artiste hors-pair, également publiés chez Le Bruit du temps, rassemblés dans un essai intitulé Sur Robert Browning.
Parfois, certains livres mettent plusieurs années à nous parvenir, celui de Sam Savage en fait en quelque sorte partie. Il fait partie aussi de ceux qu'on aurait écrire, qui nous touchent et que l'on n'oublie jamais. Rien que le titre évoque déjà tant de choses pour les bookworms que nous sommes: Firmin. Autobiographie d'un grignoteur de livres (Actes Sud), ou l'histoire d'un rat de bibliothèque (mais qui crèche dans une librairie d'occasion) rêve sa vie à travers les livres, avant de croire pouvoir affronter la vraie vie parmi les hommes. Le nom du "héros", moins agaçant que Stuart Little ou cette satanée star de Mickey Mouse, n'est pas sans évoqué le célèbre imprimeur Firmin Didot, issu de la grande dynastie des Didot. Pas étonnant que celui qui a inventé le point typographique et une des plus célèbres polices de caractères, ait pu inspirer notre ratatouille des lettres. Le livre, dont je vous invite à lire le premier chapitre (téléchargeable en format PDF ou en version HTML sur les moteurs de recherche), est un petit bijou.
Enfin, ce n'est pas sans une certaine once de fierté que j'ai découvert le dernier numéro de Lire, consacré à la littérature italienne. En couverture, la toujours splendide villa de "mon cher" Curzio Malaparte à Capri (où fut tourné le film Le Mépris de Godard), et pour ma plus grande joie, la nouvelle de la parution d'un inédit de l'auteur d'origine allemande, intitulé Le Compagnon de voyage, aux éditions du Quai Voltaire, sur la Libération de la Sicile. Plutôt d'actualité non? Et pour ceux qui voudraient prolonger la plaisir, la réimpression du livre de Raymond Guérin, Du côté de chez Malaparte (éd. Finitude).
À l’occasion du Salon du Livre qui a commencé il y a deux jours, avec pour invité d’honneur le Mexique (alors que le Ministère de la Culture n’a pas jugé digne de montrer sa tête de piaf, ce qui a failli me causer une véritable crise urticaire, comme vous pourrez vous même en juger ici), j’ai voulu vous faire une petite présentation historique et contemporaine du livre au Mexique, en m’appuyant sur trois lectures particulièrement fructueuses.
Comme par hasard, j’étais entrain de me replonger dans la lecture de La Bibliothèque, la nuit d’Alberto Manguel, et je suis tombée sur un très long passage fort intéressant (car il fait vraiment mal au cœur) sur les bibliothèques du Mexique, terre des Mayas et des Aztèques, à l’époque des Conquistadors. En voici des extraits :
« Au Mexique et en Amérique centrale, en particulier, les grandes bibliothèques et les archives des peuples précolombiens ont été systématiquement détruites par les Européens, à la fois pour priver ces peuples de leur identité et pour les convertir à la religion du Christ. »
Comme le souligne Alberto Manguel, « nous ignorons si Zùmarraga était conscient du paradoxe qu’il y avait à créer des livres d’une main et à en détruire de l’autre. Peu après sa nomination à la tête de l’Inquisition, il envoya des troupes dans les coins les plus reculés de la colonie afin de débusquer toute personne susceptible de posséder des objets religieux ou des livres enluminés aztèques. Au moyen de la corruption ou de la torture, il découvrit les lieux où se trouvaient d’importantes collections d’œuvres d’art et des bibliothèques entières que les notables aztèques avaient dissimulées, « particulièrement en provenance de Tezcuco, écrit Prescott, la capitale la plus cultivée de l’Anahuac et le principal dépôt des Archives nationales » . Finalement, après la collecte de ses émissaires d’une quantité ahurissante de tableaux et de livres, Zùmarraga les fit entasser sur la place du marché de Tlatelolco, et brûler. Le feu, rapportèrent des témoins, dura plusieurs jours et plusieurs nuits. »
Je ne vous cite là qu’un petit passage qui m’a marqué, mais je vous en conseille la lecture complète, avec la référence à quelques rescapés de la culture précolombienne et des raisons qui ont amené à de telles sauvageries (1). C’est un propos que je voulais introduire avant de parler du Mexique, tel qu’il existe aujourd’hui, bien éloigné de l’image d’Épinal, composé de sombreros et autres tacos.
J’ai aussi lu plusieurs articles de la revue de l’Association des bibliothécaires français (ABF), intitulée Bibliothèque(s) et qui a consacré tout un dossier à la lecture publique au Mexique, avec notamment une présentation de quelques bibliothèques mexicaines. J’en évoquerai deux, les deux plus importantes du pays, en matière de taille et d’innovation. Tout d’abord, la bibliothèque José Vasconcelos (BMJC) conçue par l’architecte Alberto Kalach, qui est à la fois un symbole de fierté et de honte pour les Mexicains. Son ouverture en grande pompe le 16 mai 2006 a été suivie d’une fermeture en catastrophe pendant près de deux ans, jusqu’au 1er décembre dernier, en raison de la corruption qui aurait entraîné des défauts de construction et grèvé le budget de fonctionnement. L’écrivain Jorge Volpi écrit à son sujet : « Cette bibliothèque n’aurait jamais dû voir le jour, il y avait d’autres priorités. Maintenant qu’elle existe, mieux vaut en profiter et lui souhaiter son succès, sur le modèle de la Bibliothèque Publique d’Information du Centre Pompidou.» Cette gigantesque bibliothèque de 40 000 mètres carrés, n’a pas en effet une vocation patrimoniale première ; ses 550 000 ouvrages sont uniquement des éditions récentes; elle n'en reste pas moins la plus grande bibliothèque du pays.
D’architecture tout aussi moderne, la Bibliothèque Juan José Arreola à Guadalajara, est plus ambitieuse à tous points de vue, s’inscrivant dans la construction du Centre Culturel universitaire, conçu par César Pelli, et forte de 2 millions d’ouvrages, dont plusieurs incunables. Cette nouvelle bibiothèque publique sera achevée en décembre prochain (si tout va bien) (2).
Face à ce gigantisme, qu’en est-il du réseau des librairies mexicaines ? C’est un peu la même composition : quelques mastodontes pour revaloriser la culture mexicaine de l’extérieur et une kyrielles de petites structures qui quadrillent tant bien que mal le territoire pour défendre la culture auprès des autochtones.
Dans un très bon article du dernier Lire (3), une journaliste commence par l’anecdote suivante : « André Breton, qui a passé plusieurs mois au Mexique en 1938, pour y donner une série de conférences, décide de se faire réaliser une bibliothèque sur mesure par un menuisier mexicain [en faisant ] une esquisse du meuble, en perspective, autrement dit avec trois pieds seulement visibles sur le papier. Et l’artisan de confectionner une bibliothèque avec trois pieds seulement !" Le Mexique est un pays livresque s’il en fut, mais d’après Livres Hebdo, moins d’un livre est lu par personne et par an ! Ce n’est pas un problème de lecture puisque le taux d’alphabétisation atteint 91% de la population et le livre au Mexique semble un objet de consommation courante, disponible partout . On compte seulement un millier de points de vente, dont 500 librairies en tout, dans un pays de près de 110 millions d’âmes (dont 22 millions pour la seule mégapole mexicaine, deuxième plus grande ville du monde après Tokyo)
Sur les 278 millions de livres publiés en 2007, tous titres confondus, la moitié représente des manuels scolaires et des livres distribués par l’État. La journaliste fait référence à deux types de librairies au Mexique : les grandes librairies, peu nombreuses mais célèbres, telles que la Librairie Rosario Castellanos (3 000 mètres carrés, 250 000 ouvrages pour 35 000 références), ouverte jusqu’à minuit les week-ends, ou la chaîne Gandhi (la première du Mexique pour le volume de livres vendus, un peu l’équivalent de la FNAC) et les librerias de viejo, les librairies d’occasion, qui attirent une population beaucoup plus hétéroclite que les première, réservées à une certaine élite.
Le prix moyen du livre vendu au Mexique atteint en effet facilement les 300 pesos (environ 16 euros), alors que 40% des Mexicains vivent encore avec 2 dollars par jour (1€50) et que le salaire mensuel minimum ne dépasse pas les 2 000 dollars (150 euros). Cela peut expliquer aussi qu’une grande librairie comme celle de Castellanos soit une propriété publique, celle du FCE (Fondo de cultura economica), comme une vingtaine d’autres librairies dans le pays. Le Mexique, fidèle à son image de bandit de grand chemin, n’est pas épargné par le piratage qui représente 20%, voire 25% des ventes, dont les avis sont partagés en matière de politique cultuelle. Certains considèrent que « le piratage fait plus pour la diffusion de la culture » que le Ministère de la Culture lui-même. D’autres se sont félicités du vote de la loi sur le prix unique du livre inspiré du modèle français, en mai 2008 (mais en attente d’un décret d’application). Sur le plan institutionnel, on ne peut nier, comme le raconte Philippe Ollé-Laprune dans son livre (éditions de la Différence) que « le pouvoir mexicain encourage la création, bichonnant ses écrivains à grands renforts de bourses, de commandes, de poste, mais néglige la diffusion. »
Alors quid des écrivains et de la littérature mexicaines ? Le romancier Paco Taibo II a dit : « Il n’y a plus de littérature mexicaine, il y a des écrivains mexicains. » Qu’en pensez-vous ?
(1) Alberto Manguel, La bibliothèque, la nuit, Actes Sud, p.126 à 133.
(2) "Les bibliothèques mexicaines innovent, La Bibliothèque Vasconcelos" par F.H. Pacheco, traduit par Cécile Swiatek et "Des bibliothèques au créneau, la bibliothèque Juan José Arreola par Cécile Swiatek, in Bibliothèque(s), n°43, mars 2009.
(3) "La littérature mexicaine: des livres sans lecteurs" par Delphine Peras, in Lire, mars 2009, p.95 à 97.
À consulter aussi:
Les écrivains mexicains, vus par la Librairie Compagnie.
Mon article "Petit historique de l'autodafé" publié en novembre 2007.
Je viens de découvrir une superbe revue, à la bibliothèque, dont n'est encore sortie que trois numéros, mais qui est très prometteuse. Dans la même veine que Courrier International, Books, telle est son nom, présente l'actualité du monde à travers celle de la publication des livres sur le plan international. Je vous en conseille très vivement la lecture. Vous pouvez aussi aller voir le site, très bien fait, avec des inédits et plein de liens: www.booksmag.fr
J'ai emprunté il y a quelques temps déjà un livre, un recueil de nouvelles intitulé Dix petits indiens de Sherman Alexie, d'origine amérindienne. J'ai beaucoup aimé sa première nouvelle, les suivantes beaucoup moins. C'est l'histoire d'une étudiante américaine, d'origine Spokane, qui recherche un livre de poèmes dans une bibliothèque universitaire, et tombe par hasard sur un recueil écrit par un Indien de la même tribu qu'elle, parfaitement inconnu. Elle décide alors de partir à sa recherche. Elle finira par le retrouver et aura certaines révélations, dans une vieille librairie d'occasion. J'ai choisi de vous faire partager ce plaisir de lecture, car l'héroïne est une férue de lecture et une amoureuse des livres. L'extrait est assez intéressant sur le plan de mon projet actuel. Je vous laisse juger...
Situation. Corliss, l'étudiante, est entrée dans la bibliothèque et a trouvé deux recueils de poésie qu'elle veut emprunter. À la banque de prêt, la bibliothécaire est étonnée.
— Eh bien quoi?" s'étonna Corliss.
La femme désigna le recueil d'Atwater (le poète indien):
"Vous êtes la première à prendre ce livre.
— Il est récent?
— Nous l'avons depuis 1972."
Corliss se demanda ce qui arrivait à un livre qui demeurait trente ans sur une étagère de bibliothèque sans être lu. Est-ce qu'un livre qu'on ne lisait pas pouvait mériter le nom de livre? Si un arbre s'abat dans une forêt et qu'il est réduit en pâte à papier dans le but de fabriquer un livre qu'on ne lira jamais, là où il n'y a personne pour le lire, est-ce que cela s'entend?
"Combien de livres ne sortent jamais d'ici? s'enquit Corliss auprès de la bibliothécaire.
— La plupart", répondit celle-ci.
Corliss ne s'était jamais penchée sur le sort des livres de bibliothèque. Elle ne s'était jamais interrogée pour savoir combien n'étaient pas lus.Elle aimait les livres. Alors, comment ne pas se soucier de ceux qu'on n'ouvrait jamais? (...)
"Vous ne parlez pas sérieusement! dit-elle. À première vue, quel serait le pourcentage de livres que les gens ne prennent jamais?
— Soixante pour cent, je dirais. Je ne plaisante pas. Peut-être même soixnate-dix. En étant optimiste. Et ce serait sans doute plus proche de quatre-vingts ou quatre-vingt-dix pour cent. Ce n'est pas une bibliothèque. C'est un orphelinat." (...)
"Combien de livres avez-vous ici? demanda Corliss.
— Deux millions cent mille onze", répondit la femme avec fierté.
Corliss en fut effrayée. Que devient le monde lorsque tant de livres ne sont pas lus? Et que deviennent les auteurs non lus de ces livres non lus?
"Et n'allez pas croire que ce soit propre à cette bibliothèque, reprit la femme. Il y a environ dix-huit millions de volumes à la Bibliothèque du Congrès, et dix-sept millions et demi d'entre eux n'ont jamais été lus.
— Vous me faîtes frémir.
— Je m'en excuse, dit la bibliothécaire. Ceux-là sont à rapporter dans deux semaines."
(in Sherman Alexie, Dix petits indiens, collection "Terres d'Amérique", Albin Michel, 2004, p.20-21)
Le premier numéro de la Nouvelle Revue Française paraît en novembre 1908, sous la direction d'Eugène Montfort. Mais comme les choix littéraires de ce dernier ne plairont pas à l'équipe, André Gide, véritable fer de lance de la revue, choisira de faire débuter l'histoire de la N.R.F au second premier numéro de février 1909, auquel l'écrivain a confié une de ses oeuvres, La Porte Etroite. Le centenaire de la plus célèbre revue littéraire est l'occasion de revenir sur sa belle histoire.
Lorsque l'on parle à la N.R.F, on pense inévitablement à la célèbre maison d'édition Gallimard, dont on pourrait croire qu'elle est issue. En réalité, c'est l'inverse: la maison d'édition est née de la revue. Le premier ouvrage de ce qui s'appellait alors Les Editions de la Nouvelle Revue Française, déjà dirigées par Gaston Gallimard, est L'Otage de Paul Claudel; il parait en juin 1901, soit deux ans après la naissance de la revue. Cette dernière naît dans un contexte particulier, celui d'"une belle époque des revues", s'étendant de la fin du Second Empire à la veille de la Grande Guerre. De nombreux jeunes talents y livrent leurs premiers textes: Alain-Fournier, Jean Giraudoux, Jules Romain, mais aussi Saint-John Perse pour ne citer qu'eux, aux côtés d'écrivains reconnus comme Paul Claudel. La N.R.F se distingue aussi par sa contribution décisive dans le domaine de la critique.
L'équipe fondatrice est composée de cinq hommes de lettres, aux multiples talents, rassemblés autour d'André Gide: Jean Schlumberger, Marcel Drouin, André Ruyters, Henry Ghéon et Jacques Copeau. Par la suite, de nombreuses plumes apporteront leur part de renommée à la revue: Valery Larbaud, qui a été l'un des premiers en France à faire découvrir les grandes voix sud-américaines; Jacques Rivière dont l'article sur le roman d'aventures a fait date ou encore Jean Paulhan, infatigable lecteur. A la direction de la revue, Maurice Barrès puis Jean-Paul Sartre succèderont entres autres à André Gide.
Tout un ouvrage a été consacré à l'histoire de la N.R.F durant les deux guerres mondiales, mais ce sont surtout les années 60-70 qui s'avéreront les plus difficiles, pour la revue, qui se voit relativement marginalisée: "à l'heure de la nouvelle critique qui passe la littérature au tamis des sciences humaines pour la faire entrer dans l'ère du soupçon, la revendiction de l'autonomie de la littérature à l'égard de toutes les autres disciplines n'est plus de mise et la revue souffre de la crise qui affecte la critique et les revues littéraires dans leur ensemble.*"
Pour ceux qui veulent en savoir plus, je vous conseille la lecture de l'excellente biographie de Gaston Gallimard par Pierre Assouline; ainsi que celle d'Une histoire de la NRF, d'Alban Cerisier (voir ci-contre). Sachez par ailleurs que le n°588 de la Nouvelle Revue Française commémore ce centenaire avec plein de belles surprises. Par ailleurs, sont reproduits pour l'occasion par Gallimard les deux numéros un de la revue en fac-similé. Enfin, une exposition est consacrée à l'histoire de la N.R.F à la fondation Martin-Bodmer à Colligny (près de Genève) du 13 février au 12 avril prochain. Le catalogue de l'exposition est aussi disponible.
* Sylvie Servoise, "Centenaire de la N.R.F" in Page, janvier-février 2009.